Où on l’appelle il va ;
Le mien est comme la pierre,
Où on le pose, il reste.
Le côté comique est que pendant la romance, chanteurs et chanteuses continuent à bavarder ; puis, soudain, comme rappelés au sentiment de la réalité et aux devoirs de la camaraderie, ils interrompent l’artiste, éclatent en bravos, battent des mains, saisis d’un enthousiasme indescriptible, et crient à tue-tête :
« Bien ! bien ! Vive la mère qui t’a mise au monde ! Heureux l’homme qui se dit ton père ! Bien ! bien ! Ole ! ole ! »
Bien entendu, chacun ou chacune reçoit à son tour une semblable ovation à laquelle le public ne participe pas toujours.
Vient une fille plus mûre, à l’œil superbe et sombre, aux gestes félins et énergiques. Le sang arabe coule certainement dans ses veines. Brune, maigre, nerveuse, c’est la vraie cavale de race, infatigable et ardente. Sa voix sonne comme un clairon de combat… des combats de Paphos.
Pendant qu’elle chante, les autres battent la mesure en frappant bruyamment leurs mains, et le guitariste que les paroles émoustillent, perdant sa gravité première, se dandine sur sa chaise en roulant des yeux pâmés.
L’improvisateur lui succède. On l’appelle Surito ; il est, paraît-il, en grande faveur dans Madrid, car on l’applaudit à outrance dès qu’il remplace la cantaora.
Corps en avant, un coude sur les genoux, il tapote avec sa canne le plancher, sans doute pour mettre ses idées en branle. La salle entière est attentive ; les demoiselles de l’estrade cessent de bavarder. Enfin, il lâche ses improvisations. C’est une succession de quatrains ; la raison y manque quelquefois, mais la rime est, dit-on, correcte.