Critiques des derniers actes politiques, épigrammes, apostrophes aux clients, satires contre les généraux, les députés, les évêques, les ministres, les toreros malheureux, tout se succède avec assez de rapidité. Nombre de ces improvisations ont été sans nul doute préparées à l’avance, mais la plupart sont forcément impromptues, le poète travaillant sur commande et répondant par quatrains aux interpellations variées des auditeurs.

Pour revenir aux chansons, un grand nombre, indépendamment de leur rythme oriental, ont gardé une étrange physionomie biblique. A côté de l’emphase espagnole, l’exagération arabe et l’incroyable excentricité des images. C’est ainsi que, dans l’une des plus populaires, un amant décrit les charmes de sa bien-aimée :

« Ton front est une place de guerre où l’amour victorieux a hissé son étendard. — Tes yeux sont semblables à la lumière de l’aube, dont l’éclat s’adoucit aux rayons de la lune. — Ton nez fin ressemble à la lame d’une épée qui perce tous les cœurs. »

Un nez bien extraordinaire qui descend en droite ligne de celui de la Sulamite, comparé par Salomon à la tour du mont Liban.

« Tu as un menton avec une fossette ; si l’on devait m’enterrer là, je voudrais être mort… »

Image un peu risquée. Représentez-vous cette jeune fille portant son amant enterré dans son menton. Comme singularité et mauvais goût, voici un verset qui ne le cède en rien :

« Ta gorge est si belle et si claire, que ce que tu bois se voit au travers. »

Et ce qui se mange aussi, sans doute. Je préfère le suivant, bien qu’il soit un peu cruel :

« Tes bouts de seins ressemblent si bien à des cerises que j’ai envie de les croquer quand j’y mords… »

Je me hâte de franchir les vers du milieu, beaucoup sont trop légers pour qu’on s’y appuie, et saute au dernier :