« Tes pieds, ô jeune fille, foulent si fièrement la terre que partout où tu passes, les roses fleurissent… »

Peut-être Maurepas s’inspira-t-il de ce passage lorsqu’il adressa à Mme de Pompadour son fameux quatrain :

La marquise a bien des appas,

Ses traits sont vifs, ses grâces franches,

Et les fleurs naissent sous ses pas…

Mais, hélas ! ce sont des fleurs blanches.

XVII
A LOS TOROS !

Ville en fête ! Manolas et señoritas aux grands yeux, niñas et muchachos, ganaderos et dueños, ouvriers et bourgeois, rudes paysans et frêles citadins, à pied, à cheval, à mule, en voiture, en charrette, en char, tous passent dans un tourbillon de poussière, courant à la Plaza de toros.

C’est aujourd’hui dimanche. Le septième jour de la semaine n’est pas pour l’Espagne le dies Domini, mais le dia de toros, car on s’y occupe beaucoup plus de taureaux que du Seigneur.

A los toros ! A los toros ! Là seulement se réveille l’Hespérie somnolente ; et dans cette époque d’effacement, d’engrisaillement et de désolante uniformité, se revêtant de ses antiques splendeurs, elle en offre à l’étranger le tableau vivant et encoloré, au milieu des débris croulants du passé mort. « Et ce spectacle, disait Théophile Gautier, est un des plus beaux que l’homme puisse imaginer. » Au risque de heurter la sensiblerie de vieilles hystériques et de petites bourgeoises et la sentimentalerie de quelques-uns de mes compatriotes, j’avoue partager l’avis du maître.