L’Andalousie est réputée pour ses toreros. Les courses de Séville passent pour les meilleures d’Espagne. Là fut fondée en 1830 une fameuse école de tauromachie sous la direction des illustres maîtres Candido et Pedro Romano. C’est à Séville que Joaquim Rodriguez inventa, voici cent ans, un coup fameux, but des études de toutes les espadas : frapper le taureau de telle sorte qu’aucune goutte de sang ne rougisse sa peau et qu’il meure comme s’il demandait grâce en tombant sur ses genoux.
Une autre école célèbre formait de bonnes épées dans la vieille ville andalouse de Ronda.
C’est aussi en Andalousie, en pleins champs, au milieu de grands troupeaux de taureaux, que s’apprend le dangereux art.
On joue de la cape comme dans les courses ordinaires et l’on fait avec des baguettes le simulacre de planter les banderilles ; un bâton remplace l’épée. Les propriétaires des troupeaux, leurs femmes, leurs filles assistent à ces « entraînements » sur des estrades improvisées ou derrière de fortes barrières, quelquefois à l’ombre, sous l’arche d’un pont. Il y a toujours quelques coups de corne, un peu de sang répandu, ce qui procure des émotions dont raffole toute vraie fille d’Ève, qu’elle s’appelle Mary, Marie, Meriem ou Mariquita, qu’elle ait les yeux bleus, verts ou noirs. Quand les élèves se sentent assez forts, ils s’essayent dans les petites villes et bourgades ; les courses ont lieu sur une place publique, à défaut d’une Plaza de Toros, et ce ne sont pas les moins émouvantes.
On barricade de planches les rues adjacentes, on dresse des estrades, et croisées, balcons, toitures se garnissent de spectateurs. Puis ils donnent des courses de novillos, jeunes taureaux de quatre à cinq ans, plus faciles à tuer que les autres.
La meilleure époque est le printemps, quand l’animal est dans toute sa fougue. Les courses, d’après ce que m’ont dit les toreros eux-mêmes, seraient aussi intéressantes si l’on ne tuait pas, mais il faut satisfaire la férocité du bas peuple. Quand on se laisse surprendre par la nuit, on ne tue pas le taureau, l’effet serait manqué ; on l’emmène par le procédé ordinaire et on l’égorge dans le toril.
Les taureaux coûtent de 9000 à 10 000 réaux (2500 francs), les novillos de 6 à 7000. Les chevaux sont fournis par un entrepreneur qui reçoit de 15 000 à 20 000 réaux par course. Il doit en fournir autant qu’il est nécessaire. C’est pourquoi il est de son intérêt de faire resservir les blessés qui peuvent encore se tenir debout.
Après la course, il faut faire une visite au desolladero ; c’est là qu’on écorche, et l’on procède rapidement à la besogne. La chair est donnée aux hôpitaux ou aux troupes, à moins qu’un torero n’ait été blessé ; alors elle lui appartient comme juste dédommagement.
XIX
L’ESCORIAL
Quand on a vu les courses de taureaux, le musée, les ombres de flamencos, il n’y a plus rien à voir à Madrid, pas même le Prado poussiéreux, bien au-dessous de sa réputation qui n’a d’autre cause, je le crois, que