Je n’entendis pas la réponse, mais je compris bien que c’était à la cathédrale qu’on se donnait rendez-vous.
Cela m’amène à en parler, mais je veux dire préalablement un mot de la synagogue, la seule que possédèrent les juifs d’Espagne.
Tolède fut, en effet, la ville bénie des tribus d’Israël, et bien que les membres en soient à peu près disparus, — je parle des juifs judaïsants, — l’on y rencontre à chaque pas le type de la race dans toute sa pureté.
Ils devaient la faveur spéciale dont ils jouissaient à la tradition qui prétend que les juifs de Tolède, consultés par le grand prêtre Caïphe, votèrent l’acquittement de Jésus.
D’après les historiens, cette synagogue était une merveille architecturale de l’art oriental. Les Maures la transformèrent en mosquée. A leur expulsion, elle passa au culte catholique, et finalement fut mutilée et dépouillée de toute richesse artistique sentant le juif ou le Sarrasin, par une prêtraille imbécile secondée par l’ignorante et fanatique canaille.
D’une antiquité respectable, la cathédrale subit, comme la synagogue, diverses destinées, mais échappa au vandalisme. D’église elle devint mosquée, pour redevenir église. C’est maintenant la primatiale et l’une des plus riches du royaume. Immense et magnifique, ses cinq nefs produisent sur tout ce qui n’est pas absolument anglais ou philistin la plus profonde impression. Cent fois, de plus autorisés que moi l’ont décrite, aussi n’insisterai-je pas sur les merveilles qu’elle contient, mais ce que vous ignorez peut-être, c’est que la bonne Vierge Marie en personne la visita.
Vous me croirez si vous voulez, la chose est authentique, et il n’y a pas à hausser les épaules et à dire : « Mon bel ami, vous nous en contez », puisque je l’ai vu. Oui, j’ai vu l’endroit précis où la sainte Vierge s’arrêta après son voyage du ciel à Tolède. Le sacristain, personnage digne et grave, m’a montré l’empreinte de son pouce sur la pierre où elle posa le pied, pierre religieusement enchâssée dans le mur. Si vous ne me croyez pas, allez-y voir. Vous trouverez même l’inscription gravée qui l’atteste :
Cuando la Reina del Cielo
Puso los pies en el suelo
En esta piedra los puso.