« Quand la Reine du ciel posa le pied sur le sol, c’est sur cette pierre qu’elle le posa. » Il faut croire qu’elle était fatiguée du voyage, car elle pesa lourdement.

Comme bien vous le supposez, les Tolédains furent excessivement flattés de cette bonne visite. Mais dans l’impossibilité de la lui rendre ils ont tenu à lui prouver leur gratitude, et par de petits cadeaux entretenir cette amitié distinguée.

Dans une chapelle belle comme un rêve des Mille et une Nuits, ils parèrent leur Vierge comme jamais sultan amoureux ne para l’odalisque chérie. Ils lui achetèrent les plus riches écrins, la plus somptueuse des garde-robes. Certaines de ces jupes sont chargées de pierreries d’une valeur de plusieurs millions de réaux. A chaque fête de l’année, on renouvelle sa toilette, on lui change de robe, de diadème, de boucles d’oreilles, de bagues, de collier.

Le grand luxe des dames espagnoles consistant principalement en bagues, il est tout naturel que la Dame du Paradis en soit chargée.

Vous avouerez avec moi que les bons Tolédains ne pouvaient mieux faire les choses et montrer plus décemment combien ils étaient sensibles aux excellents procédés de la Mère de Dieu.

En m’extasiant devant cette splendide toilette, l’idée me vint de demander si le trousseau était complet, si enfin en lui changeant de robe on lui changeait aussi de chemise.

Le sacristain que j’interrogeai timidement me répliqua, indigné de mon doute :

« Une chemise ! certainement elle a une chemise, et toute brodée de fleurs d’argent.

— Ah !

— Oui, monsieur, et je vous prie de croire qu’elle est aussi propre que le reste. »