Le reste ! quel reste ? Le fonctionnaire avait une mine si rébarbativement dévote que je n’osai pousser plus loin mes investigations.
A côté d’une aussi somptueuse Vierge, le pauvre Jésus fait triste figure, sur sa vieille croix de bois, affublé de son jupon qu’on change, j’espère, aussi quelquefois.
Que n’est-il venu rendre visite, comme sa mère, à la cathédrale de Tolède !
Devant cet inconvenant jupon, je me suis remémoré le mot de Diderot : « L’indécent n’est pas le nu, mais le troussé, » car il me semble placé là tout exprès pour donner une furieuse envie aux curieuses petites Espagnoles de le trousser pour voir ce qu’il y a dessous.
Ce jupon, dont on affuble non seulement Jésus, mais les deux larrons qui le flanquent, est un obstacle sérieux à l’investigation que citait Fra Gabriele de Barletta, l’une des lumières de la chaire au quinzième siècle, et dans les sermons macaroniques duquel la Fontaine tira, dit-on, sa fable des Animaux malades de la peste. Prêchant à Naples pendant un carême, il raconta aux dévotes extasiées que la belle Samaritaine reconnut Jésus-Christ à trois choses : son vêtement râpé, sa barbe blonde et sa circoncision.
Voilà qui était pousser un peu loin l’examen !
XXIII
LES BONNES LAMES DE TOLÈDE
Venir à Tolède pour voir Steel ou Sheffield, marqué sur le couteau dont vous vous servez à table, produit le même désenchantement que lire sur les pyramides une réclame vantant les bienfaits du cirage américain ou de la moutarde anglaise.
C’est ce qui nous arriva dans le comedor de Santa-Cristina.
« Il n’y a donc plus de coutelleries à Tolède ? demandai-je, indigné, au patron de l’auberge.