On y fait aussi de menus objets de bijouterie d’acier, broches, épingles affectant la forme de poignards et de yatagans très habilement ornés d’arabesques d’argent et d’or. Les ouvriers cherchent leurs modèles dans les magnifiques reproductions de l’Alhambra de Grenade, réduites avec beaucoup d’art et d’exactitude par un artiste grenadin, Diego Fernandez Castro, et qui fournissent des variétés infinies de merveilleux dessins.
La manufacture se trouve à un kilomètre environ des derniers remparts de la ville, au bord du Tage, à l’extrémité d’une riche plaine couverte de jardins et d’abricotiers, l’une des ressources de Tolède. On y arrive par un joli chemin carrossable, le Paseo de la Vegabaja.
C’est un bel et vaste édifice, construit par Charles III, qui fit de louables efforts pour relever cette vieille industrie moribonde. Rien qu’à cause de cela, on peut lui pardonner d’avoir vécu vingt-neuf années sans femme et sans maîtresse.
Quand on traverse ces grands ateliers presque déserts, on se demande ce que sont devenus ceux d’où, au premier appel, s’élancèrent vingt mille armuriers pour suivre Jean de Padilla, le chef des communeros, au secours de Ségovie !
Mais alors Tolède comptait deux cent mille habitants, réduits aujourd’hui à dix-huit mille.
Aussi les bourgades des environs, jadis si riches, si populeuses, ne sont plus que de misérables hameaux.
Les ruines mêmes des palais ont disparu. Plus trace de celui des rois visigoths, et c’est par hasard qu’un paysan découvrit, il y a une trentaine d’années, en heurtant le soc de sa charrue à une pierre de taille enfouie, un caveau du palais où se trouvaient encore suspendues neuf couronnes royales.
A propos de Visigoths, comme nous suivions les bords du Tage, passant devant les forts éventrés des Sarrasins, nous aperçûmes une vieille tour et quelques débris d’arcades.
« C’est la tour de Roderic, » nous dit une jolie lavandière à jupon jaune.
La tour de Roderic ! Quel réceptacle de souvenirs !