Je dis divine, et vous auriez dit comme moi si vous l'aviez vue, car c'était bien la plus jolie petite mauresque que l'on pût imaginer, et à part père, frères, mari, amant et moi, nul oeil profane de mâle n'avait défloré son doux visage et, quand je l'eus contemplé une minute, je compris que le bonhomme Ahmed pût en être féru.

Il l'aima follement au point de mourir de chagrin de l'abominable vengeance qu'il en tira quand il découvrit sa nouvelle infortune, quelque semaines après la nuit de noce.

C'est même moi qui lui indiquai inconsciemment le genre de supplice à infliger à Amin El Ascoub, mais comme ce jeune magistrat était une affreuse canaille qui gratifia la naïve Hadjira de ce que vous savez, je me suis dit: «A chaque peine son salaire, et à chaque vice châtiment»; et jamais nul remords ne troubla mes rêves, ce qui, affirme-t-on, est la meilleure preuve d'une conscience immaculée.

Serrer la main d'un homme et le trahir; baiser sa joue et lui dire comme Judas: «Ami, je te salue», et courir le vendre; recevoir l'hospitalité et prendre l'épouse de l'hôte, manger son pain et voler son honneur, s'abriter sous le toit et souiller la couche! quoi de plus misérable.

On écartelait le soldat romain coupable d'adultère avec la femme de son hôte, mais quel supplice infliger à qui prend la femme de son bienfaiteur?

—Il devrait, me dit un jour Ahmed, exister un châtiment plus cruel que la mort, qui, lorsqu'elle frappe à l'improviste n'est nullement un châtiment, car on ne la sent pas venir et souvent même on ne souffre pas.

—Tu as raison. Les anciens plus logiques, pour la diversité des crimes, puisaient dans la variété des châtiments. Notre civilisation, en rendant la peine uniforme, commet un non sens et une injustice, puisqu'elle inflige la même peine banale à l'assassin de profession et à l'assassin par accident, à celui qui tue un ennemi dans un moment de colère et au scélérat qui égorge père et mère, empoisonne sa femme, viole sa fille et jette à l'eau ses enfants.

Le vieux caïd haussa les épaules.

—Ah! continuais-je en riant, tu veux des châtiments raffinés; eh bien! il faut aller dans l'extrême Orient ou lire les livres qui traitent des supplices chez les Chinois, les Japonais et les Mongols.

Je ne sais lire que dans le Koran, répondit modestement l'ex-caïd, mais si tu veux parler, tu m'instruiras.