— Comment ! si tu te maries !
— J'espère bien que, si je me marie, tu prendras des précautions telles que je ne puisse jamais retomber dans la misère.
— Sois tranquille.
— Je le suis ; et c'est pour cela précisément que je ris de catastrophes qui sont purement romanesques : malheureux, on aime les romans gais qui finissent bien ; heureux, les romans tristes.
VI
Une après-midi qu'ils s'entretenaient ainsi à l'abri d'un bouquet de saules dont les racines trempaient dans le Gave, tandis qu'autour d'eux çà et là au caprice des amitiés, faneurs et faneuses goûtaient, et que les bœufs attelés aux chars sur lesquels on allait charger le foin plongeaient goulûment leur mufle dans l'herbe séchée, ils virent au loin Manuel, accompagné d'une personne qu'ils ne reconnurent pas tout d'abord, se diriger de leur côté à travers le pré tondu ras.
— Voilà Manuel qui te cherche, dit Anie.
— Qui est avec lui ?
— Costume gris, chapeau melon, ça ne dit rien ; pourtant la démarche ressemble à celle de M. d'Arjuzanx… c'est bien lui ; comme maman en rentrant va être fâchée de ne pas s'être trouvée au château pour le recevoir !
Quand le baron les aperçut, il renvoya le valet de chambre et s'avança seul.