— Mais cette fortune, tout ce que nous possédons, c'est à toi.

— J'ai brûlé le testament.

— Que ce soit toi, que ce soit nous, qu'importe qui paye ta dette !

— Ton père ne doit rien.

— Tu ne le connais pas ; mon père paiera comme tu paierais toi-même : ta mort n'acquitterait rien ; et, quand même elle te libérerait, crois-tu que nous voudrions de la fortune à ce prix ?

— Je ne veux pas ruiner ton père, te ruiner toi-même.

— Mais comprends donc que nous paierons : tu dois, nous devons ; cette fortune est la tienne, non la nôtre ; et fût-elle à nous qu'il en serait exactement de même. Tu dis que tu as réfléchi ! Mais non, tu n'as pas réfléchi ; sous un coup de désespoir tu as perdu la tête. Est-ce que nous pouvons avoir rien de plus précieux que ta vie ? Imagines-tu donc que si tu mourais je ne mourrais pas avec toi, ô mon bien-aimé !

Tout en parlant avec une véhémence désordonnée, elle le pressait dans ses bras, ne s'interrompant que pour l'embrasser passionnément.

— Tu dis que tu m'aimes, reprit-elle ; mais est-ce m'aimer que vouloir m'abandonner ? Est-ce que tout n'est pas préférable à la séparation, la ruine, la misère ! Qu'importe la misère ! Est-ce que je ne la connais pas ? Que serait ce repos dont tu parles ? Tu ne veux pas que je sois amoindrie par la faute de mon mari coupable ? En quoi serai-je amoindrie quand nous aurons payé ce que tu as perdu ?

Cet élan le bouleversait, l'ébranlait.