Certes non, elles ne l'avaient point pensé.
—Il faut qu'elle s'accoutume à cette idée, continua Adeline, nous reviendrons à la charge, moi de mon côté, toi du tien, Hortense, toi aussi, Berthe; pour ne rien négliger, je vais voir M. l'abbé Garut ce soir même et lui demander de nous aider; il me semble qu'il ne peut pas nous refuser son concours.
—En es-tu sûr? demanda madame Adeline.
—C'est à essayer; en attendant je vais envoyer un mot à Michel pour qu'il vienne dîner avec nous demain: ce sera son entrée officielle dans la maison en qualité de fiancé, et je crois que cela produira un certain effet sur Maman; si elle a la preuve que son opposition n'empêche rien, elle comprendra qu'il est inutile de persister dans son refus, qui n'a d'autre résultat que de nous rendre tous malheureux, elle et nous; et puis, il est bon qu'elle connaisse mieux Michel: c'est un charmeur; il est bien capable de prendre le coeur de la grand'maman comme il a pris celui de la petite-fille.
Berthe vint à son père et l'embrassa en restant penchée sur lui un peu plus longtemps peut-être qu'il n'en fallait pour un simple baiser.
—Nous avons quinze jours à nous, dit Adeline, employons-les bien; et, pour commencer, soyez avec Maman comme à l'ordinaire, ne paraissez pas vouloir la fléchir par trop de soumission, ni l'éloigner par trop de raideur.
Mais ce fut la Maman qui ne se montra pas ce qu'elle était d'ordinaire, quand le lendemain son fils lui annonça que Michel Debs dînerait le soir avec eux.
—Un juif à notre table! s'écria-t-elle dans un premier mouvement de surprise et d'indignation.
Mais aussitôt elle se calma:
—Tu es le maître, dit-elle.