—Nous faisons chacun ce que nous croyons devoir faire; moi, pour ne pas désespérer ma fille; toi... pour ne pas blesser ta conscience.
Adeline n'était pas sans inquiétude quand il se demandait comment se passerait ce dîner, et quel accueil la Maman ferait à Michel: il fallait qu'elle sentît qu'il était vraiment le maître, comme elle le disait, et qu'elle crût que par son opposition elle n'empêcherait pas le mariage de sa petite-fille; ces deux preuves faites pour elle, il semblait probable qu'elle ne persisterait pas dans un refus dont elle reconnaîtrait elle-même l'inutilité.
Mais ses craintes ne se réalisèrent pas: si la Maman n'accueillit pas Michel en ami et encore moins en petit-fils, au moins ne lui fit-elle aucune algarade; quand il lui adressa la parole, elle voulut bien lui répondre, et elle le fit sans mauvaise humeur apparente, comme s'il était un inconnu ou un indifférent qu'elle ne devait jamais revoir. Quand, après le dîner, Michel, qui avait une très jolie voix de ténor, chanta avec Berthe le duo de Faust: «Laisse-moi, laisse-moi contempler ton visage,» elle ne quitta pas le salon, et sa seule manifestation de mécontentement fut de dire à sa belle-fille:
—Si j'avais eu une fille, je ne lui aurais jamais laissé chanter de pareilles polissonneries avec un jeune homme.
Madame Adeline voulut marcher dans le même sens que son mari:
—Quand ce jeune homme est un fiancé? dit-elle.
La Maman resta interdite.
Après que Michel fut parti et que la Maman fut rentrée dans sa chambre, Adeline, madame Adeline et Berthe tinrent conseil sur ce qui venait de se passer:
—Vous voyez! dit Adeline.
—J'ai tremblé tant qu'a duré le dîner, dit madame Adeline.