—Les représentants qu'on emmène à Vincennes, cria une voix.
Les groupes s'agitèrent, un mouvement général se produisit, quelques voix crièrent: «Délivrons-les,» et l'on vit quelques hommes courir à la tête des chevaux.
Le convoi s'arrêta; que se passa-t-il alors, je ne le sais pas précisément, car je n'entendis pas ce qui se dit; je vis seulement qu'un colloque rapide s'engagea entre ceux qui avaient arrêté les omnibus et ceux qui se trouvaient dans ces omnibus. Puis, après un court moment d'attente, les voitures se mirent en route.
—Ils ne veulent pas être délivrés, cria une voix.
Alors des rires éclatèrent dans la foule se mêlant à des huées, et le souvenir du mot que j'avais entendu la veille en regardant défiler ces représentants me revint à la mémoire: «Tout ça, c'est pour la farce.»
Je continuai mon chemin jusqu'à la rue de Reuilly, étrangement impressionné.
—Je t'attendais, dit M. de Planfoy en me voyant entrer, je parie que tu n'as pas trouvé ceux que tu cherchais et que tu viens me demander de garder les papiers que tu n'as pu remettre toi-même.
Je lui racontai mes visites aux Champs-Élysées.
—Tu vois que je ne me trompais pas, dit-il en souriant tristement; si tu avais eu mon expérience des choses et des hommes, tu serais parti hier soir et tu n'aurais point répété ces visites inutiles. Les gens en évidence qui couchent chez eux en temps de révolution sont des braves, et dans le monde politique les braves sont rares. Hier, après t'avoir quitté, j'ai vu un personnage de ce monde qui le matin, en apprenant l'arrestation bien réussie des députés, a accepté de faire partie du gouvernement; à une heure, quand il a su que les représentants réunis à la mairie du dixième organisaient la résistance, il a fait dire qu'il refusait; à quatre heures, quand les représentants ont été coffrés à la caserne du quai d'Orsay, il a accepté. Le tien appartient à cette variété, seulement, plus habile, il se cache et ne rend point publiques ses hésitations: il aura toujours été de coeur avec le parti qui finalement triomphera, empêché seulement par des circonstances indépendantes de sa volonté de manifester hautement ses opinions et ses désirs. Donne ton paquet; je le lui porterai. Quel malheur que ces papiers ne m'appartiennent pas! je m'en servirais pour lui faire une belle peur.
Je tendais mon paquet; en entendant ces mots, je retirai ma main.