C'était évidemment ce qu'il y avait de mieux à faire pour aborder le général; mais, en attendant, l'angoisse de madame de Planfoy s'accroissait; je ne pouvais donc attendre.

Ce fut ce que j'expliquai à mon lieutenant, en lui demandant de me donner un sergent pour me conduire au pont d'Austerlitz ou au carrefour de Montreuil. Mais cela n'était pas possible: un soldat seul au milieu du faubourg pouvait être désarmé et massacré.

—Attendez un peu, me dit mon lieutenant, l'agitation se calme, la mort du représentant aura produit le meilleur effet; ils ont peur, ils ne bougeront pas.

Sur ce mot je le quittai et me rendis au carrefour de Montreuil. Après dix tentatives, je parvins à approcher, non le général, mais un officier de son état-major, et je lui répétai mes explications et mes prières.

Mais, malgré toute la complaisance de cet officier, et elle fut grande, quand il sut qu'il parlait à un camarade, il lui fut impossible de me renseigner. Il n'avait point été fait de prisonniers par la troupe, ou, s'il en avait été fait, ils avaient été immédiatement remis à la police. C'était à la police qu'il fallait s'adresser.

Où trouver la police? Cette question est facile à résoudre en temps ordinaire, mais en temps d'émeute il en est autrement. La police devient invisible. Les quelques agents que je pus interroger ne savaient rien de précis; seulement ils affirmaient que si on avait fait des prisonniers dans le faubourg, on avait dû, par suite de l'abandon des postes, les conduire à Vincennes.

Je partis pour Vincennes, où j'avais la chance de connaître un officier.

Mais Vincennes était en émoi; on venait de recevoir les représentants arrêtés, et l'on ne savait où les loger. Mon ami, chargé de ce soin, perdait la tête; il se voyait obligé de laisser ces prisonniers en contact avec les troupes et les ouvriers civils employés dans le fort, et il trouvait ce rapprochement impolitique et dangereux: en tous cas il n'avait pas reçu M. de Planfoy.

Le temps s'écoulait, et je tournais dans un cercle sans avancer. Je pensai alors à m'adresser à Poirier, et je partis pour l'Élysée. Si je n'avais pas voulu de sa protection pour ma fortune, je n'avais aucune répugnance à la réclamer pour sauver un ami. Puisqu'il était un des bras du coup d'État, il aurait ce bras assez long sans doute pour me rendre M. de Planfoy.

XXVII