Un nouvel arrivant entra dans le cabinet.
—Des canons, de la cavalerie, s'écria vivement mon employé. Donnez-nous donc ce qui nous est nécessaire pour nous protéger; que deviendriez-vous sans nous?
—Vous pouvez vous coucher tranquillement, répondit celui à qui s'adressaient ces demandes, tout va bien.
—Mais on construit partout des barricades, rue Saint-Martin, rue Saint-Denis, dans le quartier du Temple, dans le faubourg Saint-Martin; la troupe laisse faire.
—La troupe va rentrer dans ses quartiers, et on pourra faire autant de barricades qu'on voudra; demain, à deux heures, les troupes, reposées et bien nourries, commenceront leur mouvement général d'attaque, on envahira par la terreur les quartiers où la résistance sera concentrée, et en quelques heures tout sera fini. Vous pouvez donc pour ce soir dormir en paix; la police doit maintenant laisser la parole à l'armée; demain ou après-demain, vous reprendrez votre rôle, et vous aurez fort à faire; reposez-vous et prenez des forces.
Tous ces incidents nous avaient distraits de notre sujet. Je rappelai que M. de Planfoy était en prison et que les minutes qui s'écoulaient étaient terribles pour lui et pour nous.
—C'est très-juste et je vous promets de faire ce que je pourrai. Je vais donc donner des ordres pour qu'on le recherche partout. Vous, de votre côté, cherchez-le aussi. Allez à Ivry, à Bicêtre, avec les recommandations dont vous êtes porteur; on vous répondra. Si vous ne le trouvez pas, revenez à la préfecture; je serai toujours à votre disposition.
Avant d'aller à Ivry, je voulus passer rue de Reuilly, car si mon inquiétude était grande, combien devaient être poignantes les angoisses de cette pauvre femme qui pleurait son mari, et de ces enfants qui attendaient leur père!
A mon inquiétude d'ailleurs se mêlait une espérance bien faible, il est vrai, mais enfin qui était d'une réalisation possible. Pourquoi M. de Planfoy n'aurait-il pas été relâché? Pendant que je le cherchais, il était peut-être chez lui; il avait pu se sauver; il avait pu aussi faire reconnaître son innocence; tout ce qu'on se dit quand on veut espérer.
Mais aucune de ces heureuses hypothèses n'était vraie. Madame de Planfoy et ses enfants étaient dans les larmes, attendant toujours.