—Voyons, Painel, vous vous trompez, mon cher ami.

—Sac à parchemins! s'écria le vieux notaire, je me trompe, moi! Venez à la maison, monsieur le comte, et quand vous aurez lu l'article 477, vous verrez si je me trompe.

—Mais enfin, j'ai dit à tout le monde que je ferais émanciper ma petite-fille à dix-huit ans, me basant sur ce qui s'était passé pour mon jeune parent, et personne ne m'a représenté mon erreur.

—Qui, tout le monde? Moi? Griolet? un magistrat? un avocat?

—Je ne sais; mais enfin plusieurs personnes que je vois.

—Ce qu'on appelle des gens du monde. Eh bien! monsieur le comte, il en est du droit comme de la médecine; chacun croit s'y connaître sans avoir rien appris. On a vu administrer tel remède à une personne de ses amis, il a réussi; alors vite on se l'administre à soi-même dans un cas semblable, ou qu'on estime, d'après ses propres lumières, être semblable. Le remède était bon pour notre ami et il l'a sauvé; il est mauvais pour nous qui ne souffrons pas du tout de la même maladie, et il nous tue. Voilà ce qui s'est passé pour vous. Vous avez fait émanciper un mineur de dix-huit par délibération du conseil de famille, et vous avez conclu que tous les mineurs de dix-huit ans pouvaient être émancipés de la même manière. Voilà votre erreur.

—J'ai lu la loi cent fois.

—Vous avez lu ce que vous aviez dans l'esprit et non ce que vous aviez sous les yeux; venez la lire une cent et unième fois avec moi et vous verrez que je ne me trompe pas.

Il fallut que M. de la Roche-Odon se rendît à l'évidence.

—Et maintenant, dit le bonhomme Painel, vous voyez que pour obtenir le consentement de madame la vicomtesse, il n'y a qu'un moyen, qui est celui que je vous indiquais, une action en destitution de tutelle.