—Oui, je le vois et je le comprends; mais je ne pourrai jamais me résigner au moyen.
—Réfléchissez, monsieur le comte.
—La conscience n'a pas besoin de réfléchir, mon cher Painel.
XX
Quelle déception, pour M. de la Roche-Odon!
Depuis trois années il vivait dans l'attente de cette émancipation, comptant les mois, comptant les jours, comptant les heures qui le séparaient du moment où Bérengère atteindrait ses dix-huit ans.
La mort en tant que mort n'avait rien d'effroyable pour lui; avec ses idées chrétiennes c'était le simple passage de cette vie dans un monde meilleur, où il espérait voir le Tout-Puissant, et chanter éternellement sa gloire; pour lui nulle horreur de l'enfer, mais seulement le profond regret de n'avoir pas mieux servi Dieu.
Ce qui l'épouvantait, c'était la crainte de laisser Bérengère seule et sans défense.
Avec lui s'éteignait le jugement qui avait remis Bérengère sous sa garde.
Lui mort, la vicomtesse s'emparerait de sa fille; non-seulement de la fortune que celle-ci viendrait de recueillir, mais ce qui était autrement terrible, autrement effroyable, de sa personne même, de son esprit, de sa chair, de son âme.