XLIII
Quand madame de la Roche-Odon ramena Aurélien à la porte des demoiselles Bonnefoy, madame Prétavoine, suivie de la soeur Sainte-Julienne, marchant derrière elle comme son ombre; rentrait justement de ses stations dans les saintes basiliques où elle avait été allumer des cierges pour remercier le bon Dieu et la très-sainte Vierge du succès qu'elle avait obtenu.
Venant en sens contraire de la calèche, elle arriva en même temps qu'elle devant la madone des soeurs Bonnefoy.
—Aurélien dans la calèche de la vicomtesse! Quel était ce miracle?
Mais ce n'était point l'habitude de madame Prétavoine de se laisser aller à la surprise.
Elle avait mieux à faire pour le moment d'ailleurs; vivement elle s'avança pour saluer madame de la Roche-Odon et s'informer de sa santé.
—Mère, c'est madame Prétavoine, dit Michel.
Et de nouveau la vicomtesse, qui n'avait guère parlé pendant la promenade, parut sortir de son rêve; sa figure contractée s'anima, ses yeux eurent un éclair, ses lèvres eurent un sourire; on eût dit d'une comédienne avertie par le régisseur que c'était à elle d'entrer en scène, et qui se faisait rapidement la tête de son rôle.
Avec la meilleure grâce du monde elle reprocha à madame Prétavoine de ne pas l'avoir vue plus souvent, et elle exprima l'espérance que désormais elle voudrait bien accompagner son fils dans ses visites.
Puis, cela dit en aussi peu de mots que possible, elle fit signe à Michel d'avertir le cocher de continuer son chemin.