La roulette tournait de nouveau.
32! appela le croupier.
Saniel venait de s'apercevoir que ses cinq louis étaient restés sur le 32, il crut qu'il avait gagné puisque c'était ce numéro qui venait de sortir, et son ignorance n'allait pas jusqu'à ne pas savoir qu'un numéro, à la roulette, est payé trente-six fois sa mise: c'était donc cent quatre-vingts louis que le râteau du croupier allait lui pousser.
Mais, à sa grande surprise, il ne lui en poussa pas plus qu'au premier coup. Cela devenait incompréhensible: on le payait quand il avait perdu, et quand il avait gagné on ne lui donnait que la moitié de son dû.
Sa physionomie trahit si bien son étonnement qu'il vit un sourire moqueur dans les yeux du monsieur à la chevelure noire, qui s'était de nouveau tourné vers lui.
Comme il jouait pour jouer, et non pour gagner ou pour perdre, il empocha ce qu'on venait de lui envoyer, ainsi que sa mise.
—Puisque vous ne jouez plus, dit le monsieur aimable en quittant sa chaise, voulez-vous me permettre de vous dire un mot?
Saniel s'inclina et ils s'éloignèrent de la table; quand ils furent assez à l'écart pour ne pas troubler le recueillement des joueurs, le monsieur salua cérémonieusement:
—Permettez-moi de me présenter moi-même: prince Mazzazoli.
Saniel crut qu'il devait répondre en donnant son nom et sa qualité.