—Elles n'ont pas seulement pu faire les chambres, dit-elle.

Madame de Barizel ne répondit rien et parut même ne pas entendre.

—Cela est insupportable, continua Corysandre, qui, à peu près muette tant qu'avait duré la promenade, avait retrouvé la parole en entrant chez elle et s'en servait pour se plaindre, qui va faire mon lit?

—Tu te coucheras sans qu'il soit fait; pour une fois.

—Si c'était la première; au reste, elles ont bien raison de ne pas se gêner, tu leur passes tout.

—Couche-toi, dit-elle à sa fille, j'ai à te parler.

—Il faut au moins que j'arrange un peu mon lit?

—Tu es devenue bien difficile depuis quelque temps, bien bourgeoise.

—Justement c'est le mot; c'est précisément la vie bourgeoise que je voudrais, un peu d'ordre, de régularité, de propreté, car je suis lasse et écoeurée à la fin de tout ce gâchis. Ne pourrions-nous donc pas avoir des domestiques comme tout le monde, une maison comme tout le monde, une existence comme tout le monde?

Tout en parlant elle avait défait son chapeau et sa robe et les avait posés où elle avait pu et comme elle avait pu; puis, les bras nus, les épaules découvertes, elle avait commencé à arranger les draps de son lit; mais elle était malhabile dans ce travail qu'elle essayait manifestement pour la première fois.