— Je finis d'manger.

— Y a du monde à servir.

— Il faut que je vous quitte.

— Ne vous gênez pas pour moi.

— À ce soir.»

Et d'un pas lent, à regret, elle se dirigea vers la maison.

XIII

Après son départ, Perrine fût volontiers restée assise à sa table comme si elle était là chez elle. Mais justement elle n'était pas chez elle, puisque cette cour était réservée aux pensionnaires, non aux ouvriers qui n'avaient droit qu'à la petite cour du fond où il n'y avait ni bancs, ni chaises, ni table. Elle quitta donc son banc, et s'en alla au hasard, d'un pas de flânerie par les rues qui se présentaient devant elle.

Mais si doucement qu'elle marchât, elle les eut bientôt parcourues toutes, et comme elle se sentait suivie par des regards curieux qui l'empêchaient de s'arrêter lorsqu'elle en avait envie, elle n'osa pas revenir sur ses pas et tourner indéfiniment dans le même cercle. Au haut de la côte, à l'opposé des usines, elle avait aperçu un bois dont la masse verte se détachait sur le ciel: là peut-être elle trouverait la solitude en cette journée du dimanche, et pourrait s'asseoir sans que personne fit attention à elle.

En effet il était désert, comme déserts aussi étaient les champs qui le bordaient, de sorte qu'à sa lisière, elle put s'allonger librement sur la mousse, ayant devant elle la vallée et tout le village qui en occupait le centre. Quoiqu'elle le connût bien par ce que son père lui en avait raconté, elle s'était un peu perdue dans le dédale des rues tournantes; mais maintenant qu'elle le dominait, elle le retrouvait tel qu'elle se le représentait en le décrivant à sa mère pendant leurs longues routes, et aussi tel qu'elle le voyait dans les hallucinations de la faim comme une terre promise, en se demandant désespérément si elle pourrait jamais l'atteindre.