Perrine n'avait pas besoin de demander à. qui on avait coupé le doigt; et après le premier saisissement de la surprise, son coeur se serra: sans doute elle ne la connaissait que depuis deux jours, mais celle qui l'avait accueillie à son arrivée, qui l'avait guidée, l'avait traitée en camarade, c'était cette pauvre fille qui venait de si cruellement souffrir et qui allait rester estropiée.

Elle réfléchissait désolée, quand, en levant les yeux machinalement, elle vit venir Bendit; alors, se levant, elle alla à lui, sans bien savoir ce qu'elle faisait et sans se rendre compte de la liberté qu'elle prenait, dans son humble position, d'adresser la parole à un personnage de cette importance, qui de plus était Anglais.

«Monsieur, dit-elle en anglais, voulez-vous me permettre de vous demander, si vous le savez, comment va Rosalie?»

Chose extraordinaire, il daigna abaisser les yeux sur elle et lui répondre:

«J'ai vu sa grand'mère, ce matin, qui m'a dit qu'elle avait bien dormi.

— Ah! monsieur, je vous remercie.»

Mais Bendit, qui de sa vie n'avait jamais remercié personne, ne sentit pas tout ce qu'il y avait d'émotion et de cordiale reconnaissance dans l'accent de ces quelques mots.

«Je suis bien aise», dit-il en continuant son chemin.

Pendant toute la matinée elle ne pensa qu'à Rosalie, et elle put d'autant plus librement suivre sa vision que déjà elle était faite à son travail qui n'exigeait plus l'attention.

À la sortie, elle courut à la maison de mère Françoise, mais comme elle eut la mauvaise chance de tomber sur la tante, elle n'alla pas plus loin que le seuil de la porte.