«Je vous avoue que je ne sais que décider.»

Quelle stupéfaction! Eh quoi, il en était là!

Pour la première fois depuis qu'on le connaissait, il se montrait indécis, lui toujours si résolu, si bien maître de sa volonté.

Et les regards, qui tout à l'heure se cherchaient, évitaient maintenant de se rencontrer: les uns par compassion; les autres, particulièrement ceux de Talouel et des neveux, de peur de se trahir.

Il dit encore:

«Nous verrons plus tard.»

Alors chacun se retira, sans dire un mot, et en s'en allant, sans échanger ses réflexions.

Resté seul avec Perrine, assise à la petite table d'où elle n'avait pas bougé, il ne parut pas faire attention au départ de ses employés, et garda son attitude accablée.

Le temps s'écoula, il ne bougea point. Souvent elle l'avait vu rester, immobile devant sa fenêtre ouverte, plongé dans ses pensées ou ses rêves, et cette attitude s'expliquait de même que son inaction et son mutisme, puisqu'il ne pouvait ni lire, ni écrire; mais alors elle ne ressemblait en rien à celle de maintenant, et à le regarder, l'oreille attentive, on pouvait voir sur sa physionomie mobile, que par les bruits de l'usine il suivait son travail comme s'il le surveillait de ses yeux, dans chaque atelier ou chaque cour: le battement des métiers, les échappements de la vapeur, les ronflements des cannetières, les lamentables gémissements de la valseuse, le décrochage et l'accrochage des wagons, le roulement des wagonets, les coups de sifflet des locomotives, les commandements de manoeuvres, même le sabotage des ouvriers quand ils traversaient d'un pas traîné un chemin pavé, rien ne se confondait pour lui, et de tout il se rendait un compte exact, qui lui permettait de savoir ce qui se faisait, et avec quelle activité ou quelle nonchalance cela se faisait.

Mais maintenant oreille, visage, physionomie, mouvements, tout paraissait pétrifié, momifié comme l'eût été une statue. Cela était si saisissant que Perrine, dans ce silence, se sentait envahie par une sorte de terreur qui l'anéantissait.