«Veux-tu me donner la main?» dit-elle.
Ils arrivèrent sur le perron, et une immense acclamation retentit; alors, comme cela avait été réglé, les délégués montèrent sur le perron, et le père Gathoye, qui était un vieux peigneur de chanvre, s'avança seul à quelques pas de ses camarades pour débiter sa harangue qu'on lui avait fait répéter dix fois depuis le matin:
Monsieur Vulfran, c'est pour vous féliciter que … c'est pour vous féliciter que …»
Mais il resta court en faisant de grands bras, et la foule qui voyait ses gestes éloquents crut qu'il débitait son discours.
Après quelques secondes d'efforts pendant lesquelles il s'arracha plusieurs poignées de cheveux gris, en tirant dessus comme s'il peignait son chanvre, il dit:
«Voilà la chose: j'avais un discours à vous dire, mais je peux pas en retrouver un mot, ce que ça m'ennuie pour vous! enfin c'est pour vous féliciter, vous remercier au nom de tous, et de bon coeur.»
Il leva la main solennellement:
«Je le jure, foi de Gathoye.»
Pour être incohérent ce discours n'en remua pas moins M. Vulfran, qui était dans un état d'âme où l'on ne s'arrête pas aux paroles; la main toujours appuyée sur l'épaule de Perrine il s'avança jusqu'à la balustrade du perron et se trouva là comme dans une tribune où la foule le voyait:
«Mes amis, dit-il d'une voix forte, vos compliments d'amitié me causent une joie d'autant plus grande que vous me les apportez dans la journée la plus heureuse de ma vie, celle où je viens de retrouver ma petite-fille, la fille du fils que j'ai perdu; vous la connaissez, vous l'avez vue à l'oeuvre, soyez sûrs qu'elle continuera et développera ce que nous avons fait ensemble, et dites-vous que votre avenir, celui de vos enfants, est entre de bonnes mains.»