Disant cela, il se pencha vers Perrine, et sans qu'elle put s'en défendre la prenant dans ses bras encore vigoureux, il la souleva, et, la présentant à la foule, il l'embrassa.
Alors il s'éleva une acclamation poussée et répétée pendant plusieurs minutes par des milliers de bouches d'hommes, de femmes, d'enfants; puis, comme l'ordre de la fête avait été bien réglé, aussitôt le défilé commença et chacun en passant devant le vieux patron et sa petite-fille salua ou fit la révérence.
«Si tu voyais les bonnes figures», dit Perrine.
Cependant il y en eut qui ne furent pas précisément radieuses: celles des neveux, quand, la cérémonie terminée, ils vinrent féliciter leur «cousine».
«Pour moi, dit Talouel qui avait voulu se donner le plaisir de se joindre à eux, et qui d'autre part tenait à ne pas perdre de temps pour faire sa cour à l'héritière des usines, je l'avais toujours supposé.»
Des émotions de ce genre ne pouvaient pas être bonnes pour la santé de M. Vulfran; la veille de son anniversaire il se trouvait mieux qu'il ne l'avait été depuis longtemps, ne toussant plus, n'étouffant plus, mangeant et dormant bien; le lendemain, au contraire, la toux et les étouffements avaient si bien repris que tout ce qui avait été si péniblement gagné paraissait perdu de nouveau.
Aussitôt le docteur Ruchon fut appelé:
«Vous devez comprendre, dit M. Vulfran, que j'ai envie de voir ma petite-fille, il faut donc que vous me mettiez au plus vite en état de supporter l'opération.
— Ne sortez pas, mettez-vous au régime lacté, soyez calme, parlez peu, et je vous garantis qu'avec le beau temps dont nous jouissons, l'oppression, les palpitations, la toux disparaîtront, et l'opération pourra se faire avec toutes chances de succès.»
Le pronostic du docteur Ruchon se réalisa, et un mois après l'anniversaire, deux, médecins appelés de Paris constatèrent un état général assez bon pour autoriser l'opération qui, si elle n'avait point toutes les chances pour elle, en avait cependant de sérieuses et de nombreuses: en l'examinant dans une chambre obscure, on constatait que M. Vulfran avait conservé de la sensibilité rétinienne, ce qui était la condition indispensable pour permettre l'opération, et l'on décidait de la pratiquer avec iridectomie, c'est-à-dire excision d'une partie de l'iris.