Il y avait une autre question que le colonel avait sur les lèvres et qu'il retenait, ne sachant trop comment la poser; cependant il se risqua, sachant combien vivement le sujet auquel elle se rapportait préoccupait et tourmentait son oncle.
—Avez-vous eu des nouvelles de l'affaire de... mon cousin? dit-il enfin, se servant du mot «mon cousin» pour atténuer ce qu'il pouvait y avoir de pénible pour son oncle dans cette interrogation.
—Oui, et de bonnes; au moins sont-elles bonnes pour mon égoïsme de père. On renonce à poursuivra l'affaire; les présomptions du juge d'instruction ne reposant sur rien de précis. On ne trouve pas de preuves, votre assassin a emporté le nom de ses complices dans sa tombe, et, comme la police n'a pu mettre la main sur le Fourrier, décidément introuvable, il n'y a pas de charges contre celui que vous appelez votre cousin; il peut rentrer en France.
A ce moment, on vint prévenir le colonel que le déjeuner était prêt; ils passèrent dans la salle à manger, où le couvert était mis comme le jour où il avait été question entre eux du mariage de Thérèse avec Michel, c'est-à-dire que la table était servie de telle sorte qu'ils n'auraient pas besoin de domestiques autour d'eux, et qu'ils pourraient causer librement, en tête-à-tête, comme l'avait demandé Antoine.
Celui-ci s'assit à sa place et, ayant déplié sa serviette, il commença par se verser un plein verre de vin; puis, emplissant aussi le verre de son neveu, il regarda un moment le colonel en souriant:
—Avant tout, dit-il, en levant son verre, je veux boire à votre mariage, mon cher Édouard.
—Vous savez?...
—Eh oui! je sais. A votre santé, mon neveu, et à la santé de ma nièce, que je ne connais pas, mais qui, j'en suis certain, doit être digne de vous, et qui vous donnera le bonheur que vous méritez.
—Ah! c'est par les journaux que vous avez appris mon mariage?
C'est-à-dire que ce n'est pas moi qui l'ai appris, c'est Thérèse.