—Pardon, mon cher monsieur, mais je vous ai demandé de préciser autant que possible; je ne veux pas vous obliger à entrer dans des détails, un mot seul me suffira: y eut-il engagement formel de la part de Carmelita envers vous?
Beio hésita un moment, puis il se décida:
—Il y eut un engagement formel entre nous, dit-il d'une voix ferme. Vous devez comprendre alors quelle fut ma stupéfaction en entendant parler de ce mariage. Je ne crus pas à cette nouvelle. Cependant je courus chez mademoiselle Belmonte pour avoir une explication avec elle; je la trouvai seule, et cette explication fut terrible. A mes reproches, elle ne répondit que par un mot: elle était obligée d'obéir à son oncle. Tout ce que peut inspirer la passion et la fureur, je le lui dis. Elle s'enferma dans cette réponse; pendant une heure, il me fut impossible d'obtenir d'elle autre chose. Je la quittai fou de colère. Mais, prêt à sortir, je rentrai et lui dis que puisqu'elle était insensible à la passion, je n'avais aucun ménagement à garder envers elle et que, n'importe comment, j'empêcherais ce mariage, si elle ne le rompait pas elle-même. Puis, je la quittai, et depuis ce jour je ne l'ai pas revue. Toutes mes tentatives pour arriver près d'elle ont été inutiles; on faisait bonne garde. Je lui ai écrit, mais j'ai la certitude que mes lettres ne lui sont pas parvenues.
—Alors, vous avez renoncé à demander l'accomplissement de l'engagement pris par Carmelita?
—Non, certes; mais, avant d'en venir à l'exécution des moyens désespérés dont je l'ai menacée, j'ai voulu attendre encore et faire une dernière tentative: c'est dans ce but que je viens vous demander votre concours.
—Que faut-il faire? Je suis à vous.
Beio tira lentement une lettre de sa poche, et il la tint un moment avec embarras dans sa main, avant de pouvoir se décider à répondre.
—Je n'ose vraiment, dit-il enfin.
—Vous n'osez me demander de remettre cette lettre à Carmelita? dit le baron.
Beio inclina la tête et avança la main qui tenait la lettre.