Le baron eut un frisson de joie, cependant il ne prit pas la lettre.
—Vous me refusez? dit Beio.
—Non, certes, et c'est me faire injure de croire que je puis reprendre ma parole. Je vous ai promis mon concours, je suis à vous. Si vous me voyez hésitant, c'est que je me demande si cette lettre produira l'effet que vous attendez, si elle rompra ce mariage et vous rendra Carmelita. Écrire est bien, mais parler est mieux.
—Et comment voulez-vous que je parle? où le voulez-vous?
-Où? ici. Que diriez-vous, si je vous ménageais une entrevue avec Carmelita?
—Vous feriez cela?
—Oui, je le ferai. Ce n'est pas une lettre qui vous rendra celle que vous aimez et qui vous aime: il faut que vous lui parliez; il faut qu'elle vous voie, qu'elle vous entende. Que ne peut obtenir la voix de celui qu'on aime? Vous lui parlerez donc ici même. Comment? je n'en sais rien encore; mais je trouverai un moyen, soyez-en certain. Quand je l'aurai trouvé, le vous préviendrai. Jusque-là, tout ce que je vous demande, c'est de vous tenir en paix et de rester à ma disposition.
—Ah! monsieur le baron, s'écria Beio tremblant d'émotion; comment reconnaîtrai-je jamais ce que vous faites pour moi?
Le baron lui prit les deux mains, et les lui serrant affectueusement:
—Mon Dieu, mon ami, qu'est-ce que je veux? Le bonheur de tous: le vôtre, celui de Carmelita et aussi celui de mon brave et cher colonel. Que je vous voie heureux, et je serai payé de ma peine. A bientôt!