De là l'interrogatoire de Fourcy qui avait été déplorable.

De là celui de madame Fourcy qui avait été plus déplorable encore, mais qui avait eu au moins ce résultat de montrer jusqu'à l'évidence que les soupçons en se portant sur Fourcy s'étaient égarés.

—Mais si la parfaite honorabilité du mari éclatait au jour, la femme se trouvait gravement compromise. En nous parlant d'opérations et de spéculations faites par l'entremise de gens morts, il était évident que madame Fourcy nous trompait et voulait nous empêcher de contrôler ses dires. Pourquoi? Très probablement parce qu'elle n'en avait pas fait que de bonnes. Si elle avait perdu, n'avait-elle pas pu être amenée à s'emparer d'un mandat blanc et à le faire remplir et toucher par quelque complice? Avant tout, ce qui s'imposait à nous, c'était donc de chercher si elle avait éprouvé ces pertes que nous soupçonnions. Après l'enquête que nous avions faite sur M. et madame Fourcy ainsi que sur leur entourage, nous savions que madame Fourcy entretenait des relations suivies avec un coulissier, M. La Parisière, et il était raisonnable de supposer qu'elle avait pu se servir du ministère de ce coulissier pour ses opérations. C'était donc auprès de lui que nous devions poursuivre nos recherches. Ce que nous avons fait tout de suite en arrivant à Paris, car il n'y avait pas de temps à perdre, madame Fourcy menacée devant agir vivement de son côté pour essayer de se défendre. Nous ne nous étions pas trompés: M. La Parisière a été obligé de reconnaître qu'il avait été le courtier de madame Fourcy, laquelle, dans les affaires Heynecart, avait perdu trois cent mille francs.

—Trois cent mille francs!

—Juste la somme volée. Non seulement elle avait perdu cette somme, mais elle l'avait payée. Et payée, sans vendre d'autres valeurs, en trois cents billets de mille francs qu'elle avait remis de la main à la main à M. La Parisière. Comment avait-elle pu se procurer cette somme?

Depuis assez longtemps déjà, M. Charlemont avait abandonné sa pose nonchalante, et c'était avec une angoisse visible qu'il écoutait ce récit; ces derniers mots l'avaient fait se dresser par un mouvement involontaire.

—Vous voyez que nous ne nous étions pas trompés. Nous ne nous étions pas trompés davantage en supposant que madame Fourcy, effrayée, ne perdrait pas de temps pour organiser sa défense. Comme nous étions en train d'interroger M. La Parisière, elle est arrivée. Sa présence seule était un aveu, car que venait-elle faire chez La Parisière, si ce n'est prévenir notre enquête? Je l'ai priée alors de vouloir bien m'accompagner chez M. le juge d'instruction, qui après l'avoir entendue l'a mise en état de détention.

—Arrêtée!

—Cette mesure douloureuse ne pouvait pas être plus longtemps différée: sans ressources connues, madame Fourcy a trouvé le moyen de payer trois cent mille francs; comment s'est-elle procuré cette somme? Il y a pour elle obligation d'autant plus rigoureuse à répondre, qu'ayant eu entre les mains un cahier de mandats de la Banque de France, elle n'a pas pu représenter un de ces mandats qui a été volé, prétend-elle, et qui, rempli et signé par un faussaire, a été présenté à la Banque, laquelle a payé au porteur trois cent mille francs, somme égale à celle que madame Fourcy devait. Nous, nous soutenons que c'est elle qui a dérobé le mandat et que c'est son complice qui l'a touché. Nous n'avons pas encore le complice; mais le meilleur moyen de le découvrir, c'est d'avoir entre les mains le coupable principal; et nous l'avons. Maintenant il est probable que nous n'aurons plus besoin que de quelques jours, de quelques heures peut-être pour trouver ce complice. Ainsi nous aurons mené à bonne fin une affaire qui, je vous l'avoue, nous a donné du tracas non qu'elle fût compliquée ou mystérieuse, mais parce que ses acteurs occupaient un rang social qui rendait nos recherches assez difficiles, et nous imposait en tous cas une certaine délicatesse dans nos procédés d'investigation.

Si par ces quelques mots discrets le commissaire avait cherché les compliments et les remerciements de M. Charlemont, il n'avait pas réussi: M. Charlemont était resté sans répondre, atterré, et une seule parole était sortie de ses lèvres: