Alors elle releva la tête, puis ayant abaissé ses mains, elle vint à
Robert et l'attirant doucement:

—Oh! mon pauvre enfant, dit-elle d'une voix que l'émotion et la tendresse contenues rendaient tremblante, mon pauvre enfant, comme je te fais souffrir; mais tu ne souffriras jamais plus que je n'ai souffert moi-même.

—Si tu m'aimais…

—Si je t'aimais! Ah! peux-tu parler ainsi? Mais n'est-ce pas justement parce que je t'aimais que j'ai différé jusqu'à ce jour cette résolution que j'ai arrêtée dans ma tête le lendemain même de ma faute. C'est parce que je t'aimais que décidée à, cette rupture lorsque j'étais loin de toi, je ne pouvais pas te l'annoncer lorsque tu étais près de moi. Vingt fois je me suis dit: ce sera pour aujourd'hui, et je t'ai attendu, m'affermissant dans ma résolution en me représentant l'horreur et l'indignité de ma situation. Mais tu paraissais, je subissais ton charme, j'étais entraînée, subjuguée, affolée et je ne disais rien. Si je ne t'avais pas aimé, est-ce que j'aurais subi ce charme qui m'a perdue moi, honnête femme, qui m'a mise sous ton influence si complètement que j'ai tout oublié, raison et honneur, dignité de la vie, sentiment du devoir et de la famille, de sorte que sans en avoir conscience, je suis tombée dans tes bras, folle et ne m'appartenant plus, mourant de honte, mais aussi de joie et de bonheur.

—Alors pourquoi veux-tu rompre?

—Parce qu'il le faut.

—Il le fallait hier, il y a un mois, aussi bien qu'aujourd'hui et tu n'as point parlé de cette rupture; tu ne m'aimes donc plus aujourd'hui comme tu m'aimais hier, comme tu m'aimais il y a un mois?

—Les circonstances n'étaient pas il y a un mois ce qu'elles sont aujourd'hui, ce sont elles qui imposent cette rupture à ma volonté si longtemps hésitante.

—Quelles circonstances?

Une fois encore au lieu de répondre, elle questionna.