Huit hommes armés ne suffisaient pas à la besogne – ni même onze, si l’on compte le Patron, Mary et moi. La plupart des larves se seraient échappées si le vice-président n’avait pas mobilisé des renforts. Avec son aide nous en attrapâmes treize, dont dix vivantes. Seul un des porteurs fut gravement blessé.
CHAPITRE XIII
Le Président reçut donc ses pleins pouvoirs et le Patron devint en fait son chef d’état-major. Nous pouvions enfin agir. Le Patron avait en tête un plan de campagne fort simple. Il ne pouvait plus s’agir d’une simple quarantaine comme il avait pensé en organiser une quand l’infection était encore limitée à la seule zone de Des Moines. Avant d’engager la lutte, il fallait d’abord repérer l’ennemi, et les services de renseignements gouvernementaux ne pouvaient pas passer deux millions de personnes au crible. Les citoyens devaient agir par eux-mêmes.
Le projet « Dos nu » devait constituer la première phase de l’« opération Parasite ». Il s’agissait pour tout le monde-je dis bien tout le monde – de vivre nu jusqu’à la taille jusqu’au moment où tous les extraterrestres auraient été repérés et supprimés. On tolérait seulement les soutiens-gorge pour les femmes : il eût en effet été difficile à un parasite de se dissimuler sous les minces cordons qui soutiennent par-derrière cette partie du vêtement féminin.
Nous organisâmes une espèce de parade pour accompagner le discours stéréodiffusé que le Président devait adresser au pays.
En faisant vite, on avait pu maintenir en vie sept des parasites qui avaient envahi les sacro-saints édifices du Congrès ; ils se trouvaient maintenant fixés sur des animaux. Nous voulions les montrer au public, ainsi que certains bouts du film que l’on avait pris de moi, choisis parmi les moins atroces.
Le Président devait apparaître en short et des mannequins appétissants présenter des modèles de ce que le citoyen bien dévêtu porterait la saison prochaine, y compris la fameuse armure métallique couvrant la nuque et la colonne vertébrale, et destinée à protéger les gens même pendant leur sommeil.
Nous mîmes tout au point au cours d’une seule nuit, à grand renfort de café noir. Le coup de cymbales final devait montrer le Congrès en séance, discutant l’état d’urgence ; tout le monde, hommes, femmes et huissiers, aurait le dos nu.
Vingt-huit minutes avant l’heure de l’émission, le Président reçut un coup de téléphone du Capitole. J’étais là, car le Patron, qui avait passé toute la nuit avec le Président, m’avait gardé sous la main pour les corvées. Nous étions tous en short, le plan « Dos nu » étant déjà entré en application à la Maison Blanche. Le Président ne prit pas la peine de s’isoler. « C’est moi, dit-il. Vous en êtes sûr ? ajouta-t-il bientôt. Très bien, John, alors que me conseillez-vous ?… Je vois… Non, je ne crois pas que cela marcherait… Il vaut mieux que je vienne. Dites-leur de se tenir prêts. » Il repoussa son téléphone et se tourna vers un de ses attachés. « Dites-leur de retarder l’émission. Venez, Andrew, ajouta-t-il à l’intention du Patron. Il faut que nous allions au Capitole. »
Il fit appeler son valet de chambre et passa dans le cabinet de toilette contigu à son cabinet. Quand il en ressortit, il était en tenue d’apparat. Il ne nous donna aucune explication. Nous gardâmes tous notre tenue légère et partîmes avec lui au Capitole.