La séance réunissait les membres des deux assemblées. Il me semblait vivre ce cauchemar bien connu où l’on se voit tout nu dans une église. Les sénateurs et les représentants étaient en effet vêtus comme à l’ordinaire. Mais je m’aperçus bientôt que les huissiers étaient en short et sans chemise ; ce spectacle me ragaillardit.
Certains semblent préférer la mort à une perte de prestige – les sénateurs spécialement. Les représentants aussi, du reste ! Ils avaient donné au Président les pouvoirs qu’il demandait, le plan « Dos nu » avait été discuté et approuvé par eux, mais ils ne comprenaient pas qu’il s’appliquait aussi bien à eux qu’aux autres. Avoir été inspectés et trouvés indemnes de parasites leur semblait suffisant. Il y en avait peut-être qui sentaient la faiblesse de leur position, mais personne ne voulait être le premier à faire son numéro de strip-tease. Ils siégeaient donc tous habillés.
Quand le Président fut monté à la tribune, il attendit que s’établisse un silence de mort. Puis, lentement, calmement, il commença à se déshabiller. Il s’arrêta quand il fut nu jusqu’à la ceinture. Il pivota sur lui-même et leva les deux bras.
« Ce que je viens de faire, dit-il enfin, vous permet de constater que le chef du pouvoir exécutif n’est pas prisonnier de nos ennemis. »
Il prit un temps. « Et vous ? » lança-t-il d’une voix vibrante.
Il désigna du doigt le chef de la majorité. « Mark Cummings, êtes-vous un bon citoyen – ou un espion des parasites ? Retirez votre chemise !
— Monsieur le Président…»
C’était Charity Evans, la représentante du Maine, qui venait de parler. Elle avait l’air d’une jolie institutrice. Elle se leva et je m’aperçus que, bien qu’entièrement vêtue, elle avait mis une robe du soir descendant jusqu’à terre, mais qui, au-dessus de la taille, était aussi décolletée que possible. Elle pivota sur elle-même comme un mannequin. Sa robe ne montait pas plus haut que ses dernières vertèbres inférieures. « Cela va-t-il comme cela, monsieur le Président ? demanda-t-elle.
— C’est parfait, madame. »
Cummings se débattait toujours avec ses boutons ; il était écarlate. À ce moment, quelqu’un se leva dans le centre de la salle. C’était le sénateur Gottlieb. Il avait l’air de sortir de son lit. Ses joues étaient creuses, son teint terreux et ses lèvres cyanosées mais il se tenait très droit. Avec une incroyable dignité il suivit l’exemple donné par le Président. Lui aussi il fit un tour sur lui-même. Sur son dos on pouvait voir la marque rouge du parasite.