« Hier, de cette même place, dit-il, j’ai tenu certains propos que je n’aurais jamais proférés en temps normal ! Plutôt être écorché vif. Mais hier je n’étais plus moi. Aujourd’hui, c’est différent. Vous ne comprenez donc pas que la patrie est en danger ? »

Brusquement un pistolet apparut dans sa main. « Debout, tas de propres à rien ! hurla-t-il. Tous ceux qui ne sont pas à poil d’ici deux minutes, je les descends ! »

Ses voisins voulurent lui saisir le bras, mais il agitait son pistolet comme un chasse-mouches et il estourbit un de ses adversaires. J’avais moi aussi tiré mon arme et je me tenais prêt à intervenir, mais ce fut inutile. Les parlementaires voyaient bien que leur collègue était aussi redoutable qu’un vieux taureau. Ils reculèrent.

Après une brève seconde d’hésitation, tout le monde se mit à se déshabiller avec l’enthousiasme d’une colonie nudiste. Quelqu’un essaya de gagner la sortie, mais on l’arrêta au passage. Il n’avait d’ailleurs pas de parasite. Nous en découvrîmes pourtant trois. Après quoi l’émission prévue passa avec dix minutes de retard et le Congrès inaugura la première de ses sessions dévêtues.

CHAPITRE XIV

FERMEZ VOS PORTES À CLÉ ! BAISSEZ LES TABLIERS DE VOS CHEMINÉES NE PÉNÉTREZ JAMAIS DANS UN ENDROIT OBSCUR ÉVITEZ LES ATTROUPEMENTS ! UN HOMME HABILLÉ EST UN ENNEMI: N’HÉSITEZ PAS À TIRER !

En même temps qu’il était soumis à un intensif barrage de propagande, le pays fut découpé en sections, et survolé par des escadres aériennes qui cherchaient le lieu d’atterrissage d’éventuelles soucoupes volantes. Notre réseau radar avait mission de signaler tout objet non identifié apparaissant sur ses écrans. Toute l’armée, depuis les unités aéroportées jusqu’au personnel des rampes de lancement d’engins téléguidés, se tenait prête à écraser au sol tout nouvel astronef découvert.

Dans les régions non contaminées, les gens ôtèrent leurs chemises de bon ou de mauvais gré, cherchèrent partout et ne trouvèrent pas le moindre parasite. Ils regardaient les actualités de la stéréo, s’étonnaient et attendaient que le gouvernement leur annonce que le danger était passé. Mais rien ne se produisit ; le gros public, et même les autorités locales, commençaient à se demander s’il était bien utile de parcourir les rues en tenue de plage.

Et les régions contaminées, direz-vous ? Les rapports qui en émanaient ne présentaient matériellement aucune différence avec ceux qui venaient d’ailleurs.

Jadis, au temps de la radio, cela n’aurait même pas pu se produire ; tout le pays aurait entendu la station de Washington d’où aurait été diffusé le message présidentiel. Mais la téléstéréo utilise des ondes si courtes qu’elles ne peuvent dépasser la ligne d’horizon ; au-delà il faut des stations relais, et les postes récepteurs de province ne peuvent recevoir que les émissions provinciales ; la densité et le peu de portée de notre réseau sont la rançon de la haute définition de nos images.