Je réfléchis à m’en donner la migraine et désignai du doigt Kansas City. « J’ai envoyé plusieurs messages là-bas, mais je ne sais pas si c’était pour commander des cellules porteuses. »

Rexton regarda la carte. « Nous admettrons donc qu’un débarquement a eu lieu près de Kansas City. Les techniciens pourront toujours étudier cela comme un kriegspiel et soumettre le problème à une analyse logistique. Nous pourrions même en déduire l’autre point d’atterrissage.

— L’autre, ou les autres, précisa le Patron.

— Hein ? Ou les autres points, parfaitement. »

Il revint vers la carte et s’absorba dans sa contemplation.

CHAPITRE XVI

Il n’y a rien de plus bête que l’esprit de l’escalier. Au moment où s’était posée la première soucoupe volante, une seule bombe aurait suffi à supprimer d’un seul coup la menace qu’elle représentait. Au moment où Mary, le Patron et moi faisions notre reconnaissance autour de Grinnell, nous aurions pu, à nous trois, abattre toutes les larves déjà en liberté, si nous en avions soupçonné l’existence.

Si le plan « Dos nu » était entré en application dès la première semaine, il aurait encore pu, à lui seul, emporter la décision. Mais il fut bientôt manifeste que le plan « Dos nu » avait échoué en tant que mesure offensive. Comme défense, il avait cependant son utilité ; grâce à lui, les régions non contaminées pouvaient le rester. Il permit même de remporter quelques petits succès offensifs : des régions contaminées, mais non encore complètement maîtrisées par l’ennemi, furent nettoyées. Ce fut le cas de Washington, de La Nouvelle-Philadelphie et du Nouveau-Brooklyn. Là, j’avais pu donner des conseils opportuns. Toute la côte passa du rouge au vert.

Mais, sur la carte, plus le centre du pays se remplissait d’épingles, plus il virait au rouge. Les zones infectées furent bientôt signalées par des lampes rouges ; la carte murale piquetée d’épingles ayant été remplacée par une énorme carte militaire électronique, au 1/600 000 e, qui couvrait tout un mur de la salle de conférences. Elle était reliée à une autre carte identique, installée dans les sous-sols du Nouveau Pentagone ; les indications portées sur cette dernière étaient retransmises automatiquement à celle de la Maison Blanche.

Les États-Unis semblaient coupés en deux, comme si un géant avait barbouillé de peinture rouge toute la plaine centrale. Deux bandes jaunes bordaient la zone occupée par les larves ; c’étaient les seules régions de véritable activité. La réception directe des stations contrôlées par l’ennemi ainsi que celles restées aux mains des hommes libres y était encore possible. L’une de ces bandes partait des environs de Minneapolis, passait à l’ouest de Chicago et à l’est de Saint-Louis et serpentait ensuite à travers l’Alabama et le Tennessee jusqu’au golfe du Mexique. L’autre coupait les grandes plaines et aboutissait près de Corpus Christi. El Paso formait le centre d’une autre zone rouge, isolée des autres.