Je me demandais ce qui pouvait bien se passer dans ce no man’s land. J’étais resté seul, le Cabinet étant en séance et le Président ayant emmené le Patron avec lui. Rexton et son état-major étaient partis un peu plus tard, mais je n’avais pas bougé, n’osant pas errer seul dans la Maison Blanche. Je me rongeais vainement en regardant des lampes jaunes passer au rouge et, de temps à autre, des lampes rouges devenir jaunes ou vertes.
Je me demandais comment un invité aussi insignifiant que moi pouvait se faire servir à déjeuner. J’étais debout depuis quatre heures du matin et je n’avais encore pris qu’une seule tasse de café que m’avait servie le valet de chambre du Président. J’aurais aussi donné cher pour découvrir un lavabo. Poussé par une impérieuse nécessité, je me décidai finalement à essayer d’ouvrir quelques portes. Je trouvai les deux premières fermées à clé. La troisième donnait sur ce que je cherchais. Comme on n’y avait pas inscrit « Réservé au Président », je fis sans scrupule usage de l’installation.
En entrant dans la salle de conférences, j’y trouvai Mary.
« Je vous croyais avec le Président ? dis-je bêtement.
— On m’a mise à la porte, répondit-elle en souriant. C’est le Patron en personne qui me remplace.
— Vous savez, Mary, dis-je, depuis longtemps je voulais vous parler mais je n’en ai encore jamais eu l’occasion. Je crois bien que je… C’est-à-dire que je n’aurais pas dû… Enfin, d’après le Patron…»
Je m’interrompis, mon petit discours si bien préparé s’étant démantibulé avant usage.
«… Bref je n’aurais pas dû vous dire ce que je vous ai dit », conclus-je d’un air piteux.
Elle posa sa main sur mon bras. « Oh ! Sam, Sam, mon chéri, ne vous tourmentez donc pas. Ce que vous avez dit ou fait était bien naturel : vous ne saviez pas toute la vérité. Ce qui compte à mes yeux c’est ce que vous avez fait pour moi. Le reste est sans importance, mais je suis très heureuse de savoir que vous ne me méprisez plus.
— Oui, mais… Vous êtes trop généreuse quand même ! Je ne peux pas supporter ça. »