Je dois pourtant dire que je me sentais assez faraud.

Près de l’autavion un autre flic me prit mon jeton. Il me regarda attentivement, mais me fit signe de monter. J’obéis. « Allez au quartier général, à l’hôtel de ville, m’ordonna-t-il.

— Hôtel de ville. Au quartier général », répétai-je docilement.

Je démarrai et partis dans la direction indiquée. Je m’engageai sur le boulevard Nichols et, arrivé à un endroit où la circulation était moins dense, j’appuyai sur le bouton qui changeait la plaque d’immatriculation de mon autavion, car il n’était pas impossible que mon numéro eût déjà été signalé par le poste de péage. J’aurais bien voulu pouvoir changer la couleur et la forme de mon véhicule par la même occasion !

Avant le carrefour de Mac Gee Street, je redescendis une rampe et me cantonnai désormais dans les petites rues. Il était six heures du soir, heure de la zone 6, et je devais être de retour à Washington quatre heures et demie plus tard…

CHAPITRE XVIII

La ville avait un drôle d’air. Elle sonnait faux comme une pièce de théâtre mal mise en scène. J’essayai de mettre le doigt sur la fausse note, mais elle m’échappait obstinément.

À Kansas City beaucoup de quartiers sont encore bâtis de maisons individuelles datant d’un siècle, ou plus. Les gosses jouent sur les pelouses, et les propriétaires se reposent sur leurs porches, tout comme leurs arrière-grands-parents. S’il y a des abris anti-atomiques, on ne les voit pas. Ces drôles de maisons carrées, construites par des architectes morts depuis longtemps, donnent à ces quartiers l’air d’être des havres de sécurité. Je parcourus de nombreuses rues de ce genre, en évitant les chiens, les ballons et les gosses, et en essayant de m’imprégner de l’atmosphère du lieu.

C’était l’heure creuse de la journée, l’heure où l’on prend un verre, où l’on arrose sa pelouse, où l’on bavarde avec les voisins. J’aperçus une femme penchée sur un massif de fleurs. Elle portait une robe bain de soleil et son dos était nu ; il était évident qu’elle n’était pas possédée, pas plus que les deux gosses qui jouaient près d’elle. Que se passait-il donc d’anormal ?

Il faisait très chaud. Je commençai à regarder autour de moi, cherchant à dénombrer les femmes en bain de soleil et les hommes en short. Kansas City est située dans la partie la plus puritaine des États-Unis ; quand il fait chaud, on ne s’y déshabille pas avec la même unanimité qu’à Laguna Beach ou à Coral Gables et un adulte vêtu des pieds à la tête n’y est jamais déplacé. Or, si je voyais bien des gens vêtus et d’autres qui ne l’étaient pas, la proportion des deux catégories était anormale. Bien sûr cela grouillait de gosses en costume d’été, mais pendant plusieurs kilomètres de parcours, je ne vis que deux hommes et cinq femmes avec le dos nu.