Normalement j’aurais dû en rencontrer plus de cinq cents.

Faites le calcul vous-même : même si un certain nombre de vestons ne cachaient pas de parasites, la proportion de gens possédés n’en devait pas moins s’élever à 90 % de la population, au bas mot.

La ville n’était pas seulement occupée, elle était saturée ! Les « maîtres » ne possédaient pas seulement les positions clés et les principaux fonctionnaires d’autorité de la cité, ils étaient la cité.

Je me sentais une furieuse envie de décoller et de filer hors de la zone rouge à la vitesse maximale. Ils savaient maintenant que j’avais échappé au piège tendu à l’entrée de la ville ; ils devaient me rechercher. Dans toute la ville j’étais peut-être le seul homme libre à conduire un autavion ; ils m’entouraient de partout.

Je dus lutter contre moi-même. Un agent qui s’affole ne sert plus à rien et n’a guère de chances de se tirer d’un mauvais pas, mais je ne m’étais pas encore remis de ce que j’avais subi pendant ma période de « possession ».

Il ne m’était pas facile de garder mon sang-froid.

Je comptai lentement jusqu’à dix et m’efforçai d’envisager la situation avec lucidité. Je devais me tromper ; il ne pouvait matériellement pas exister assez de parasites sur la Terre pour saturer une ville de plus d’un million d’âmes. Je me rappelais ma propre expérience, je me souvenais de la façon dont nous avions capturé nos recrues et de l’importance que prenait chaque nouveau porteur. Certes, il ne s’agissait là que d’une invasion accessoire ravitaillée en personnel par des envois sporadiques alors que Kansas City devait se trouver tout près du lieu d’atterrissage d’une soucoupe volante. Pourtant, cela restait incompréhensible. Il aurait fallu une douzaine de soucoupes volantes, ou davantage, rien que pour saturer Kansas City. Si les atterrissages avaient été à ce point nombreux, les satellites artificiels auraient sûrement repéré sur leurs écrans-radar la trajectoire des engins.

Était-il possible qu’il n’y eût pas de trajectoire à repérer ? Ignorants que nous étions des capacités techniques des « maîtres », il aurait été imprudent de leur attribuer nos propres imperfections.

Mais les renseignements que je possédais m’amenaient à une conclusion que contredisait la logique normale. Avant de faire mon rapport il me fallait des certitudes. Une chose semblait sûre : même si les « maîtres » avaient effectivement saturé Kansas City ou presque, ils n’en continuaient pas moins leur mascarade, et laissaient à la ville l’apparence d’une ville normale, peuplée d’hommes libres. Peut-être n’étais-je pas après tout aussi voyant que je le craignais…

Je flânai encore au hasard sur quelques centaines de mètres. J’arrivai dans le quartier commerçant, autour de la Plaza, et fis demi-tour ; là où il y a de la foule, il y a des flics. Chemin faisant, je passai devant une piscine. Je l’examinai et notai mentalement ce que j’avais vu. J’attendis d’être plusieurs rues plus loin avant de réfléchir à ce que je venais de voir. Ce n’était d’ailleurs pas grand-chose : rien qu’un écriteau à la porte de la piscine : Fermé pour la saison.