Mary n’allait jamais au-devant des embêtements. Elle ne tenait pas à fouiller inutilement dans le passé. Oh ! elle ne demandait pas mieux que de m’entendre lui parler du mien, mais le sien était tabou. Un jour où je tâchais de la faire parler, elle changea de sujet en me proposant d’aller admirer le coucher de soleil.

« Le coucher de soleil ? fis-je. C’est impossible, voyons, nous venons de prendre notre petit déjeuner ! »

Cette confusion sur l’heure de la journée me ramena brusquement à la réalité. « Mary, dis-je, depuis combien de temps sommes-nous ici ?

— Cela a de l’importance ?

— Tu parles ! Cela fait plus d’une semaine, j’en suis sûr. Un de ces jours nos téléphones vont se mettre à nous sonner aux oreilles et il faudra reprendre le collier.

— Mais d’ici là, quelle importance cela a-t-il ? »

Je tenais tout de même à savoir quel jour nous étions. J’aurais pu brancher la stéréo, mais je serais probablement tombé sur une émission d’actualités – et je n’en voulais à aucun prix car nous tenions à continuer ce jeu merveilleux que nous jouions et qui consistait à nous croire transportés tous les deux dans un autre monde – un monde où les parasites n’existaient pas. « Mary, dis-je nerveusement, combien de pilules “tempus” as-tu prises avec toi ?

— Je n’en ai pas pris du tout.

— En tout cas, moi, j’en ai assez pour nous deux. Nous devrions allonger notre permission. Suppose qu’il ne nous reste que vingt-quatre heures de tranquillité : on pourrait les transformer en un mois de durée subjective…

— Non.