— Pourquoi ? Carpe donc un peu le diem, comme dit l’autre. »
Elle posa sa main sur mon bras et me regarda dans les yeux.
« Non, mon chéri, je ne veux pas. Je veux vivre chaque moment de notre bonheur sans le gâcher en me tourmentant pour l’avenir. »
Voyant mon air entêté, elle insista. « Prends-en si tu veux, cela m’est égal, mais ne me demande pas de t’imiter.
— Enfin, sapristi, tu ne voudrais quand même pas que je m’offre des vacances tout seul ? »
Elle ne répondit rien, ce qui est bien la façon la plus irritante qui soit d’avoir le dernier mot dans une discussion.
Pourtant nous ne discutions jamais. Si j’avais envie de le faire, Mary cédait et je ne sais pourquoi je m’apercevais toujours que j’avais tort. J’essayai plusieurs fois d’en apprendre un peu plus long sur son passé. Il me semblait que j’avais le droit de connaître davantage la femme que j’avais épousée. Une question que je lui posai la laissa pensive. « Je me demande quelquefois, dit-elle, si j’ai jamais eu une enfance – ou si c’est un rêve que j’ai fait la nuit dernière. »
Je lui demandai à brûle-pourpoint comment elle s’appelait.
« Mary, me dit-elle paisiblement.
— C’est ton vrai nom ? »