Elle sursauta et replia brusquement les jambes sous elle. Le chat atterrit sur le sol avec un glapissement indigné.
« Oh ! mon Dieu ! dit-elle. Tu m’as fait bouger trop vite. Je l’aurai vexé.
— Ne t’occupe pas du chat, femme sans cœur ; c’est moi que tu as épousé. »
Mais je comprenais mon erreur ; lorsqu’on se trouve en présence de gens qui n’ont pas pris de drogue comme vous, il faut se déplacer très prudemment. Je n’avais plus pensé au chat qui devait nous prendre pour une paire de pantins à ressort détraqués. Je ralentis le plus possible mes mouvements et tâchai de le caresser.
Rien à faire. Il se dirigeait déjà vers sa chatière. J’aurais pu l’arrêter, car pour moi ses mouvements étaient aussi lents qu’une coulée de lave, mais je n’aurais fait que l’effrayer davantage. Je ne m’occupai plus de lui et allai dans la cuisine.
Mary avait raison : le « tempus fugit » ne vaut rien pendant une lune de miel. Le bonheur extatique que j’avais goûté jusque-là était maintenant masqué par l’euphorie spéciale de la drogue. C’est une sensation captivante, certes, mais je n’en perdais pas moins au change. J’avais remplacé un authentique enchantement par un ersatz chimique. La journée – ou le mois – n’était pas désagréable, mais je regrettais de ne pas m’en être tenu à la réalité.
La drogue cessa d’agir en fin d’après-midi. Je sentais en moi cette légère irritabilité qui marque en général le retour à la normale. Je retrouvai ma montre-bague et mesurai le temps de mes réflexes. Quand ils furent redevenus normaux, je mesurai ceux de Mary. Elle m’apprit qu’elle était revenue à la normale une vingtaine de minutes avant moi ; je n’avais donc pas trop mal calculé les doses de drogue.
« Tu veux en reprendre ? » me demanda-t-elle.
Je l’embrassai. « Non franchement, je suis content que ce soit fini.
— Comme tu me fais plaisir ! »