Elle revint dans la chambre et y passa le peignoir que je lui avais acheté le jour où nous étions descendus au village. Cela fait, elle sortit. Je mis du bois sur le feu et allai dans la cuisine. Pendant que j’essayais de choisir le menu du dîner je l’entendis rentrer. « Oh ! le méchant chat qui fait des peurs à sa mère », disait-elle. Elle avait cette voix caressante que les femmes réservent aux bébés et aux chats.
« Rentre-le et referme la porte », lui criai-je.
Elle ne répondit rien et je n’entendis que le déclic de la porte ; je revins dans le living-room. Elle venait de rentrer et le chat n’était pas avec elle. J’allais lui demander pourquoi, quand je vis ses yeux. Ils étaient dilatés et remplis d’une indicible horreur. « Mary ! » dis-je en m’avançant vers elle.
Alors seulement elle parut me voir. Elle revint vers la porte en me tournant le dos. Ses mouvements étaient saccadés, spasmodiques. Au moment où elle se détournait, je vis ses épaules.
Sous son peignoir, il y avait une bosse !
Je ne sais pas combien de temps je restai immobile. Probablement une fraction de seconde seulement, mais ce bref instant me parut une interminable torture. Je fis un bond en avant et la saisis par les bras. Elle me regarda. Ses yeux avaient cessé d’être des abîmes d’horreur : ils n’étaient plus que vides.
Elle m’envoya un coup de genou dans le bas-ventre.
En me tordant sur moi-même je parvins à amortir un peu le coup. Je sais bien qu’on ne s’attaque pas à un adversaire dangereux en lui prenant les bras, mais il faut bien comprendre qu’il s’agissait de ma femme. Je ne pouvais pas faire à Mary la parade des doigts dans les yeux.
Malheureusement, la larve avait moins de scrupules que moi, Mary (ou plutôt son parasite) combattait avec une énergie farouche et j’avais bien du mal à me défendre sans la tuer et sans me faire tuer. En outre, il me fallait tuer la larve tout en l’empêchant de m’attraper, sous peine de ne plus pouvoir sauver Mary.
Je la lâchai d’une main et lui lançai un uppercut au menton. Mon coup de poing ne la freina même pas. Je la ressaisis alors et essayai de l’immobiliser avec mes bras et mes jambes et cela, sans la blesser. Nous roulâmes tous deux à terre, Mary par-dessus moi. J’appuyai ma tête contre sa figure pour l’empêcher de me mordre.