Je la maintenais avec peine ; il me fallait faire appel à toutes mes forces pour dompter son corps vigoureux. J’essayai de la paralyser en agissant sur ses centres nerveux, mais elle connaissait les endroits sensibles aussi bien que moi – et j’eus bien de la chance de ne pas me faire moi-même paralyser.

Il ne me restait qu’une solution : écraser la larve à pleine main ; mais je savais quels effets terrifiants ce geste aurait sur le porteur humain. Je risquais de tuer Mary ; j’étais en tout cas sûr de la faire horriblement souffrir. J’aurais voulu lui faire perdre connaissance et la débarrasser doucement de sa larve avant de tuer celle-ci, j’aurais pu lui faire lâcher prise en la brûlant modérément ou en la soumettant à de petites décharges électriques…

« En la brûlant…»

Je n’eus pas le temps de creuser cette idée, car Mary m’enfonça ses dents dans l’oreille. Je parvins à dégager mon bras droit et empoignai la larve…

Rien ne se produisit. Au lieu de sentir mes doigts s’enfoncer dans une masse gélatineuse, je découvris que la larve était recouverte d’une sorte de carapace semblable à du cuir. Il me sembla avoir saisi un ballon de football. Mary sursauta quand je touchai le parasite et elle m’arracha un bout d’oreille, mais elle n’eut pas ce spasme à vous rompre les os auquel j’étais habitué. La larve vivait toujours et gardait le contrôle de son porteur.

J’essayai de glisser mes doigts sous elle, mais elle adhérait comme une ventouse. Mes doigts ne parvenaient pas à se glisser entre la larve et le dos de Mary.

Et pendant ce temps-là, je me faisais de plus en plus amocher.

Je roulai sur le côté et me mis à genoux, toujours sans lâcher Mary. J’étais forcé de lui laisser les jambes libres, ce qui était embêtant, mais je la courbai sur un de mes genoux et parvins à me redresser. Je tirai de toutes mes forces et la portai vers la cheminée.

Elle faillit m’échapper. J’avais l’impression de faire un match de lutte gréco-romaine avec un jaguar, mais je parvins cependant à l’amener devant la cheminée. J’empoignai ses cheveux à pleine main et lui mis de force les épaules au-dessus du feu.

Je ne voulais que roussir un peu la larve, la forcer à lâcher prise pour essayer de fuir la chaleur, mais Mary se débattait si fort que je glissai, me cognai la tête contre le manteau de la cheminée et dus la lâcher. Ses épaules tombèrent sur les charbons ardents.