Elle poussa un hurlement atroce et se releva d’un bond, m’emportant avec elle. Je me relevai à mon tour, encore étourdi par le coup que je m’étais donné, et la vis évanouie sur le sol. Ses cheveux – ses beaux cheveux couleur de flamme commençaient à brûler.

Son peignoir aussi. Je tapai dessus à deux mains pour étouffer les flammes et vis que la larve n’était plus sur son dos. Tout en luttant contre le feu je jetai un coup d’œil autour de moi et aperçus le parasite immobile sur le sol devant la cheminée. Le Pirate le flairait avec méfiance.

« Va-t’en de là, hurlai-je. Pirate, veux-tu finir ! »

Le chat me regarda d’un air interrogateur. Je continuai ma besogne et m’assurai que le feu était bien éteint. Cela fait je lâchai Mary. Je ne pris même pas le temps de vérifier si elle vivait encore. Ce qu’il me fallait c’était la pelle à charbon… car je n’osais pas toucher la créature avec mes mains nues. Je me tournai pour la prendre…

La larve n’était plus sur le plancher. Elle s’était emparée du Pirate. Le chat se tenait raide, les quatre pattes écartées et la larve s’installait déjà à sa place habituelle. Je me lançai sur le chat en vol plané et le saisis par les pattes de derrière à l’instant précis où il faisait ses premiers mouvements sous le contrôle de son nouveau maître.

Tripoter un chat affolé avec des mains nues est toujours pour le moins imprudent ; mais maîtriser un chat qui se trouve sous le contrôle d’un parasite constitue un exploit impossible. Les mains et les bras lacérés par les griffes et les dents de l’animal, je me hâtai de nouveau vers le feu. Malgré les gémissements et les efforts désespérés du chat, je plaçai de force la larve contre les charbons et y maintins le tout. Le chat, ses poils, mes mains, tout brûlait. La larve finit par glisser directement dans les flammes. J’en sortis alors le Pirate et le reposai sur le sol. Il ne se débattait plus. Je m’assurai que son pelage ne brûlait plus nulle part et retournai auprès de Mary.

Elle n’avait pas repris connaissance. Je m’agenouillai à côté d’elle et éclatai en sanglots.

Une heure plus tard, j’avais fait pour Mary tout ce qui était en mon pouvoir. Sur tout le côté gauche de sa tête, ses cheveux avaient disparu ; elle avait de sérieuses brûlures sur les épaules et la nuque, mais son pouls était régulier, ainsi que sa respiration, quoique rapide et courte. Il ne me semblait pas qu’elle dût se déshydrater beaucoup. Je pansai ses brûlures (chez moi, à la campagne je garde toujours toute une pharmacie à portée de la main) et lui fis une piqûre de somnifère. Je pus ensuite m’occuper du Pirate.

Il était toujours à l’endroit où je l’avais laissé et il n’avait pas bon aspect. Il avait été beaucoup plus grièvement brûlé que Mary et il avait sans doute aspiré des flammes dans ses poumons par-dessus le marché. Je crus d’abord qu’il était mort, mais il leva la tête quand je le touchai.

« Je te demande pardon, mon pauvre vieux », murmurai-je.