Il me sembla l’entendre miauler.
Je fis pour lui ce que j’avais fait pour Mary, à cela près que je n’osai pas lui donner de somnifère. Je passai ensuite dans la salle de bains pour m’occuper enfin de moi.
Mon oreille ne saignait plus et je décidai de ne pas y toucher. C’étaient mes mains qui me tourmentaient le plus. Je les mis sous le robinet d’eau chaude, mais le contact du liquide m’arracha un hurlement de douleur. Je les séchai ensuite à l’air chaud ce qui me fit aussi très mal. Je ne voyais pas du tout comment j’allais pouvoir les panser. J’en avais pourtant grand besoin.
Finalement je versai près d’une demi-livre d’une gelée contre les brûlures à l’intérieur de deux gants en matière plastique que j’enfilai. La gelée contenait en outre un anesthésique local et cela me fit un bien sensible. Je me dirigeai vers le stéréophone et demandai le médecin du village. Je lui expliquai ce qui s’était passé et ce que j’avais fait, en lui demandant de venir tout de suite.
« En pleine nuit ? dit-il. Vous voulez rire. »
Je le détrompai.
« Ne me demandez pas l’impossible, répliqua-t-il. C’est la quatrième alerte que nous avons dans le comté ; personne ne sort plus la nuit. Je passerai voir votre femme demain matin à la première heure. »
Je lui conseillai de ne pas attendre jusque-là pour aller au diable et coupai la communication.
Le Pirate mourut un peu après minuit. Je l’enterrai aussitôt pour que Mary ne puisse le revoir. Creuser sa tombe me fit très mal aux mains, mais la pauvre bête n’avait pas besoin d’une bien grande fosse. Je lui dis adieu et revins dans le chalet. Mary reposait paisiblement. J’amenai un fauteuil près de son lit et la veillai. Je dus somnoler de temps en temps, mais je suis incapable de m’en souvenir.