Après un interminable cauchemar fait d’efforts incohérents où nos membres semblaient transformés en masses de plomb, nous atteignîmes enfin la porte extérieure. Le jeune officier était là et il m’aida à soulever Mary hors de l’astronef. Il la tirait pendant que le Patron et moi la soulevions et la poussions à la fois. Je fis la courte échelle au Patron, sautai dehors par mes propres moyens. Il faisait déjà presque nuit.

Nous contournâmes la maison en ruine, en évitant la brousse et, de là, revînmes sur la route. Notre autavion n’y était plus. On nous fit monter en hâte dans une « tortue de sable ». Il était temps, car on se battait déjà non loin de nous.

Le commandant du tank referma les capots et l’embarcation s’enfonça dans l’eau. Un quart d’heure plus tard nous étions à bord du Fulton.

Une heure après, nous débarquions à Mobile. Le Patron et moi avions pris du café et des sandwiches au mess du Fulton; des officiers des formations féminines de la Marine s’étaient occupées de Mary. Elle nous rejoignit au moment où nous débarquions. Elle paraissait tout à fait normale. « Mary, ma chérie, dis-je, ça va maintenant ? »

Elle me sourit. « Bien sûr, chéri. Pourquoi cela n’irait-il pas ? »

Un avion militaire escorté nous prit à son bord. Je m’attendais à le voir nous conduire aux bureaux de la Section, ou à Washington, mais le pilote nous amena dans un hangar à flanc de montagne, après un de ces atterrissages en glissé latéral qu’aucun appareil civil ne peut réussir : on est dans le ciel à grande vitesse et, hop, une seconde plus tard, on se retrouve arrêté dans une grotte.

« Où sommes-nous ? » demandai-je.

Le Patron descendit sans répondre. Mary et moi le suivîmes. Le hangar était exigu ; il ne pouvait contenir qu’une douzaine d’appareils, un quai d’atterrissage freiné et une unique rampe de lancement. Des sentinelles nous conduisirent à une porte taillée en plein roc. Après l’avoir franchie, nous nous retrouvâmes dans une antichambre. Un haut-parleur nous ordonna de nous déshabiller complètement. Je regrettai pour ma part de devoir abandonner mon pistolet et mon téléphone.

Nous entrâmes dans une autre pièce où nous fûmes accueillis par un jeune homme vêtu, en tout et pour tout, d’un brassard orné de trois chevrons et d’éclairs entrecroisés. Il nous repassa à une jeune personne encore moins vêtue que lui, car elle n’avait que deux chevrons. Mary fit une vive impression sur l’un et sur l’autre mais chacun réagit d’une façon très caractéristique de son sexe. Je crois que la caporale ne fut pas fâchée de nous repasser à la capitaine qui nous reçut ensuite.

« Nous avons reçu un message, dit le capitaine. Le docteur Steelton vous attend.