En m’apercevant, le Patron leva les sourcils, mais ne dit rien. Un sergent voulut m’arrêter. « Bonjour, madame Nivens, dit-il à Mary. Vous n’êtes pas sur la liste, vous, ajouta-t-il à mon intention.

— Je m’y mets d’office », déclarai-je en le bousculant pour passer.

Le colonel Gibsy se tourna vers le Patron d’un air aussi scrogneugneu que possible. Tous les autres gardèrent un visage impassible, à l’exception d’une petite W.A.C. qui ne put s’empêcher de rire.

« Un instant, colonel », dit le Patron à Gibsy.

Il s’avança vers moi en boitillant. « Tu m’avais pourtant promis, petit, me dit-il d’une voix que je fus seul à entendre.

— Je retire ma promesse. Vous n’aviez pas le droit de m’extorquer une promesse concernant ma femme.

— Tu n’as rien à faire ici, petit. Tu ne connais pas ces questions. Dans l’intérêt même de Mary, va-t’en. »

Jusqu’à ce moment il ne m’était pas venu à l’idée de mettre en question le droit du Patron à assister aux séances, mais à ma grande surprise, je m’entendis proclamer une décision que je venais à peine de prendre. « C’est vous qui n’avez rien à faire ici. Vous n’êtes pas psychanalyste que je sache ! Alors, allez-vous-en. »

Le Patron regarda Mary qui conserva un air indéchiffrable.

« Tu as bouffé du lion, petit ? dit-il lentement.