Au moment où je quittais le bureau, la vue d’un restaurant express me rappela que j’avais faim. Mais cette impulsion se dissipa aussitôt et je n’y pensai plus. Je retournai au hangar, cherchai un coin sombre et m’y installai en attendant le jour et l’heure d’ouverture des bureaux.
Je garde de cette nuit un vague souvenir de cauchemars indéfiniment répétés, inspirés par des thèmes claustrophobiques.
À neuf heures, je vis le gérant ouvrir son bureau. Je lui louai le hangar, avec un gros dessous de table pour pouvoir entrer en jouissance immédiatement. Je m’y rendis, l’ouvris et attendis.
Vers dix heures et demie, on me livrait mes caisses. Sitôt les transporteurs partis, j’en ouvris une au hasard, en sortis une cellule porteuse, la réchauffai et l’ouvris. J’allai retrouver le gérant. « Voudriez-vous venir un instant, M. Greenberg ? lui dis-je. Je voudrais vous parler de quelques changements à apporter au système d’éclairage. »
Il m’accompagna de mauvaise grâce, mais m’accompagna. Je refermai la porte du hangar derrière nous et le conduisis près de la caisse ouverte.
« Voilà, dis-je. Si vous voulez bien vous baisser un peu, vous verrez ce que je veux dire. Si je pouvais…»
Je l’empoignai avec une violence qui lui coupa le souffle, retroussai son veston et sa chemise et, de ma main libre, transvasai un « maître » de la cellule sur son dos nu. Je le maintins immobile jusqu’à ce que je sente ses muscles se relâcher. Je l’aidai à se relever, remis sa chemise en place et l’époussetai.
« Quelles nouvelles de Des Moines ? demandai-je dès qu’il eut repris son souffle.
— À quel sujet ? demanda-t-il. Depuis combien de temps en es-tu parti ? »
J’allais lui donner des explications, mais il me coupa la parole.