La seconde blaspheme est, que dieu seroit cruel de faire souffrir peine pour les delictz que les humains pourroient commettre par la creation & contraincte d’icelles estoylles : parquoy dict icelluy Crisostome, pourquoy endureroys je peine pour la chose que je auroye commise, non par volunté : mais par necessité.
Le tiers blaspheme est, que dieu ne seroit pas saige en ses commandemens : car qui est celluy qui commande a aulcun & deffend de non perpetrer le mal qu’il ne peult par contraincte eviter ny aussi d’accomplir le bien : auquel on ne peult parvenir.
Certes il n’est personne au monde qui feust reputé saige en faisant telz commandemens : Et pourtant telle opinion est grande offense envers dieu. Il est aussi dict au huictiesme sermon sur sainct Jehan, que le seigneur & facteur des estoilles, n’est poinct soubz la destinee & disposition d’icelles. Nous avons quant a ce, une naturelle evidence : Car quand au monde est produict ung roy ou seigneur, si c’estoit œuvre du ciel s’ensuyroit que ceulx qui naistront soubz ceste influxion seroient roys & seigneurs, qui n’est pas verité. On pourroit demander, si l’impression des luminaires celestes est point cause de la diversité des meurs & conditions des hommes. A ce peult estre respondu que la question a double sens, selon diverses interpretations : Si on veult dire que icelles estoilles soient causes necessitantes les voulentés, les fortunes, & conditions des hommes, ce seroit heresie : car c’est contre la foy, en tant que par ce, il s’ensuyvroit que quelconques choses que l’on feist, on n’auroit ne acquerroit nul merite ne gloire : mais si on veult dire que les meurs des hommes sont dispositivement & contingentement variez pour la disposition des estoylles, ceste chose peult avoir verité, & ne repugne point a la foy n’a raison : car il est manifeste que la disposition diverse du corps, faict moult a la variation & mutation des affections des meurs & complexions, comme dict L’acteur des six principes, Parquoy les coleriques sont naturellement disposez & promptz a yre : les sanguins, sont begnins : les melancolicques, sont enuyeulz, & les flumaticques, paresseulx : mais cecy n’est point necessaire : car l’ame a domination sur le corps, quand elle est aydee par grace : comme nous voyons plusieurs colericques qui sont doulx & amyables, aussy plusieurs melancolicques sont begnins. Et pource que la vertu des corps celestes œuvre, & a aulcune causalité en la mixtion & qualité des complexions : de ce procede, que sur les meurs & conditions des hommes peust aulcun petit dispositivement & contingentement : combien que la vertu de nature inferieure, faict plus a la qualité de la complexion, que ne faict la vertu des estoilles. Parquoy sainct Augustin au cinquiesme livre & chapitre deuxiesme de la cité en la solution d’aulcune question, Touchant deux freres : lesquelz furent ensemble malades & guariz, approuve & loue plus la response de ypocras medecin, que de l’astrologie quand on demanda a ypocras la cause pourquoy avoient estez ensemble malades & guariz : il respondit, que ce fut pour la similitude de leurs complexions : mais l’astrologien dict que c’estoit pour l’identité & convenances des constellations, pour ces choses est la question precedente absolue, C’est assavoir que les impressions des estoilles, sont causes aulcunement dispositives de la variation & diversité des meurs : mais non pas necessaires ne suffisantes : car on a liberal arbitre avecq l’ayde de Dieu, pour resister, Et pour ce dict Ptolomeus en son almageste, Le saige homme aura domination sur les estoilles : Et pour ces causes, appert les dessus nommez Priscilianistes errer grandement : car comme dict sainct Thomas en sa premiere partie : question cent & seize, au premier chapitre, Que toutes operations naturelles & humaines sont reduictes a une cause premiere qui est la providence divine. Et pour ce dict encores a ce propos sainct Augustin au premier chapitre du cinquiesme de la cité, l’homme disant de la divine volunté que c’est chose destinee, retienne sa sentence & corrige sa langue : comme s’il vouloit dire, que tel entent mieulx, que il ne dict : car a parler proprement, destinee n’est riens sinon en tant qu’elle est referee a la volunté & prescience divine. Icelluy sainct Augustin (selon la glose du pseaulme cent & ung) dict, que predestination divine : par laquelle dieu nous a eternellement esleux, est cause principale de tous noz merites, & que nostre volunté est seulement cause concomitative & associative. Et pour ce, est dict au neufviesme chapitre de l’epistre aux Romains, Qu’il n’est pas en la faculté du voulant, ne du croyant d’avoir telle predestination : mais est en dieu seulement, que a mercy de ceulx qui luy viennent a plaisir, & les aultres laisse endurcir en leurs malices : Auquel pas de L’apostre, dict la glose de sainct Augustin, Qu’on trouve assez cause de l’obstination des hommes, Mais de la misericorde n’est poinct rendue aulcune cause ne merite : car Dieu par sa grace, donne sans desserte aux hommes premiation & loyers : Mais pourtant n’est poinct a dire que Dieu endurcisse les obstinez en leurs baillant malice : Ains en les destituant & privant de sa grace : de laquelle ilz ne sont point dignes, en tant que ilz ne veullent flechir leurs cueurs & affection au commandement divin. Et pour ce ne est point escript sans cause en la quatriesme question de la vingt deuxiesme cause, Qui par equité & justice a nous tresocculte & incongneue, Dieu, a iceulx ne confere point sa grace. Parquoy a ceste occasion cryoit L’apostre a l’onziesme chapitre de l’epistre aux Romains. O altitude de la sapience & science divine : combien inscrutables & incongneuz sont telz jugementz ? quand de ta grace tu vestz les nudz qui te plaist d’estre vestuz : laquelle chose il faict par certaine raison qui de luy seul est congneue. Et pource que le parler de ceste matiere est chose trop ardue, m’en veulx abstenir : Et de rechief vous supplie que ne veuillés perseverer en telz erreurs : la fin desquelz n’est aultre que travail de corps, & mort de l’ame. Apres que Quezinstra eut a son dire mys fin : combien que j’eusse une si grande douleur au cueur, que par medicine, ne par confort secourir on ne pouvoit : Toutesfoys accumulees toutes les forces, en ceste maniere luy responditz.
Le trespas de Guenelic.
Chapitre. X.
Trescher compaignon & amy, voz melliflues & artificieuses parolles, pourroient facilement guarir toutes douleurs (au moins si elles doibvent estre guaries) mais la mienne qui est intolerable, ne peult estre temperee. Helas trop m’est griefve & insupportable la privation d’une telle dame : parquoy ne puis trouver remede a mes ultimes passions : car il n’est en mon pouoir de me monstrer plus tolerant, que plusieurs de noz predecesseurs : lesquelz pour la mort de leurs amis, n’ont pardonné au lachrimer & pleurer.
Manifeste exemple nous en rendent Phenix & Chiron : lesquelz depuis la mort de leur disciple, ne volurent survivre. Thimoleon vingt ans son frere mort pleura.
Agar pour la mort de son filz perpetuellement larmoya. Sainct Augustin en grand affluence de larmes & gemissemens de la mort de sa mere se lamenta.
Si doncques tant d’hommes fameulz & renommez ont larmoyé : & aulcuns, par anxieté, la vie laissee, je ne pourroys eviter que pareillement je ne succumbe. Mais quand a la reprehension que m’avés faicte touchant l’influxion du ciel, en cela ne veulx user de pertinacité : Mais a tous bons jugemens, me veulx condescendre. Et pource que je sens mon triste corps de vivre las, comme s’il estoit de ses ans naturelz fournis, je desire que ma dolente ame se puisse reunir avec ma treschere dame Helisenne : laquelle me semble avec voix piteuse m’invocquer, me disant, que si ma vie est longue, travail & ennuy ne me desaccompaigneront. Et pour ce, me sera trop plus utile le mourir que le continuel languir. Apres que j’eux pronuncé telles paroles, je feuz assez longue espace tenant silence : puis apres quand je commençay a parler, en dressant ma veue aux cieulx sortit de mes yeulx grande abondance & superfluité de larmes. Et avecq humilité de cueur dictz ainsi.
O Eternel plasmateur qui avez congnoissance devant l’heure de ma nativité, quel je seroys, quel je suys : & quel je doibtz estre : je te obsecre & prie, que ne me vueille punir selon mes iniques pechez : qui sont en si grand nombre que en ma possibilité n’est de les pouvoir distinctement declarer, mais je espere fort de ta misericorde : car de toy tout bien procede : en toy toute felicité consiste : & de toy toute gratitude & grace provient. Veuille donc user de ta grande clemence envers moy, ta paoure creature, en couvrant mes multipliees faultes : ce que j’estime que tu ne me denieras. Car de toy mon createur, dict Esaÿe au 53. chapitre. Que veritablement tu as porté noz langueurs, douleurs & infirmités. O scaturie d’infinie bonté : puis que toy mesmes, paye ce que de quoy nous sommes debiteurs.