—Je n'ose presque pas le répéter; tellement cela paraît méchant et ridicule. Mais c'est mon devoir de vous avertir. Vous savez bien, Wouters, que des jeunes gens de la ville venaient de temps en temps à l'Aigle d'or, des dissipateurs, des ivrognes, qui, pour le scandale des habitants, se comportaient là comme une bande de sauvages, sans vergogne et sans foi?

Jean Wouters fit un signe affirmatif.

—Eh bien, savez-vous ce qu'on ose raconter? On prétend qu'un de ces jeunes libertins, un certain M. Steenvliet, vient presque tous les jours dans votre maison, aussi bien pendant que vous y êtes que pendant que vous travaillez ici. Quoique beaucoup de gens soutiennent avoir vu ce M. Steenvliet sortir de chez vous, je ne crois pas que ce soit possible.

—C'est pourtant vrai, dit le vieux charpentier.

—Qu'est-ce qui est vrai?

—Que M. Herman Steenvliet nous honore de temps en temps de sa visite.

—Ciel! ce ne serait donc pas une calomnie! Ce citadin fréquente réellement votre maison, et vous le permettez?

—Mais, cher patron, quel mal y a-t-il à cela?

—Comment, quel mal il y a? C'est vous, Jean Wouters, un homme de soixante-cinq ans, qui me faites pareille question?… Pourquoi, pensez-vous, ce jeune monsieur vient-il si souvent chez vous?

—Nous lui avons rendu un service; il vient nous voir par reconnaissance.